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Guérilla imaginaire. Anthologie pirate, volume 1. Préface.

Il y a probablement des œuvres achevées. D’autres — la plupart, sans doute —, ne le sont pas encore. Parce qu’elles n’ont pas été terminées. Voire, tout simplement, pas commencées. Et puis, il y a une troisième catégorie d’œuvres, celles qui sont inachevables en soi. Ce qui caractérise cette troisième catégorie d’œuvres, c’est qu’elles ne seront jamais achevées, non par impuissance ou incapacité de l’auteur, mais par leur nature même, jamais achevées avant que la vie de l’auteur ne soit achevée. C’est une sensation étrange que d’écrire une œuvre de ce genre. Parce qu’on ne sait pas où l’on va. Parce que tout se tient, dans cet inachèvement, la vie, la littérature, tout. Comment pourrait-il en être autrement ? Ce qu’on s’apprête à lire s’est d’abord appelé, Encyclopédie pirate, ce qui était un non-sens, parce qu’une telle œuvre n’a jamais rien eu et n’aura sans doute jamais rien d’encyclopédique. J’aimais la connotation de volume que le mot d’encyclopédie enveloppe, mais on ne peut pas commencer par un non-sens. Je n’aimais pas le titre, mais je pensais que je pouvais m’en satisfaire, faute de mieux. Et puis, il y a peu, j’ai eu une sorte d’illumination, un peu stupide, je dois l’avouer, parce qu’elle était aveugle, et ne s’est révélée l’être qu’après coup : Anthologie pirate. Après coup, en effet, voici ce qu’on peut lire dans le bien-nommé Trésor de la langue française :

ANTHOLOGIE, subst. fém.
A.– BOT., vx, rare. Collection de fleurs choisies :
1. J’aimerai toujours les bois : la florede Carlsbad, dont le souffle avait brodé les gazons sous mes pas, me paraissait charmante : je retrouvais la laîche digitée, la belladona vulgaire, la salicaire commune, le millepertuis, le muguet vivace, le saule cendré ; doux sujets de mes premières anthologies. Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe,t. 4, 1848, p. 279.

Pouvais-je rêver mieux ? Mon illumination, c’est le dictionnaire qui me la donne, tant pis, ou tant mieux, je ne sais pas, c’est de la langue elle-même qu’elle vient, ce qui ne saurait être mieux.

À ce jour, l’Anthologie pirate (pirate, elle l’est parce que personne ne m’autorise à la composer) compte deux volumes. Un premier, qui s’intitule Guérilla imaginaire, qui s’arrête là où il doit s’arrêter, pour laisser le deuxième prendre le relais, Tout est de l’art. Je suis dans ce second volume, ne sachant pas vraiment quelle direction il va suivre, ni même s’il va en suivre une, parce qu’il est comme moi, indécis, infini, en cours de route.

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