4.8.20

Si je tenais la solution à un problème, ne m’empresserais-je pas d’en douter, de la rejeter, de m’en défaire avec force ? Pourquoi ? Probablement parce que j’aurais le sentiment qu’elle me serait dictée par mon époque, par l’air du temps que je respire, plutôt que par des raisons valables, une réelle nécessité, un élan personnel, quelque chose d’énergique et de sincère. L’horizon à l’horizon, j’insiste sur le pléonasme, l’horizon à l’horizon semble si étroit. Si une grande synthèse de tout s’avérait possible, que nous apprendrait-elle, sinon qu’elle ne nous apprend rien ? Comme s’il n’y avait que des morceaux débiles d’une réalité globalement incompréhensible, comme s’il n’y avait que des éclats stupides d’un tout insaisissable, inexistant, des fragments insensés du néant. Ce n’est pas que l’esprit encyclopédique soit devenu impossible à cause, par exemple, de l’immensité et de la diversité des connaissances, c’est qu’une encyclopédie de rien ne vaut pas mieux que pas d’encyclopédie du tout. Une somme de non-sens ne produit pas de sens. Toute eschatologie se réduit à des formules vides et prétentieuses comme « Se préparer à ce qui vient ». On entretient une illusion de sens, d’action, de profondeur, qui ne parvient pas à cacher le trou béant dans lequel passent sans peine les charlatans, mais qui se contente d’en tenir lieu : Qu’est-ce que vous voulez de plus, semble-t-on dire au petit peuple terrorisé, vous ne vous imaginez tout de même pas que vous valez mieux que ça ? Et c’est vrai, les puissants singent la vie des impotents qui, en retour, se disent que, finalement, les uns ne valent pas mieux que les autres. Sur un chemin de campagne entre deux routes départementales, un matin, on peut s’imaginer quelque part hors du monde, jusqu’à ce que l’on dépasse un camping-car depuis lequel un chien qui ne voit pas le coureur aboie tout de même après lui, et que, rentrant au village, on découvre stupéfait un camion coincé entre deux maisons, ne pouvant plus ni avancer ni reculer. Avant de s’unir avec le tout, il vaut mieux s’informer, savoir de quoi le tout est fait. Le mysticisme est un désir compréhensible, presque normal, mais si l’on pouvait ainsi s’unir, avec quoi le ferait-on ? L’union avec le tout présuppose un inventaire qui en dissuade à moins de concevoir le tout comme un tout moins la totalité de ses parties, un tout sans tout, un tout sans rien. Il y a quelque chose d’éminemment désirable dans le mysticisme et de grossièrement rebutant, une solution au problème de la vie, une réponse à la question du sens de l’existence qui semble purement et simplement les nier. Comme s’il suffisait de regarder ailleurs pour ne plus voir les choses comme elles sont, mais comme elles devraient être pour que l’on puisse les aimer et s’unir à elles. Si je tenais la solution à un problème, ne m’empresserais-je pas d’en douter, de la rejeter, de m’en défaire avec force ? Mais alors, cela ne revient-il pas à dire que je ne trouverais jamais de solution au problème quel qu’il soit ?

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