5.8.20

J’ai mal dormi cette nuit. Probablement parce que j’avais décidé de me réveiller le matin tôt pour aller courir. Ce qui est absurde : il vaut mieux bien dormir la nuit si on veut se lever tôt le matin. Demain, par exemple, je n’irai pas courir, pour bien dormir cette nuit, mais est-ce que je vais bien dormir cette nuit ? Pour dire ce qu’il en est, de l’étendue du problème. J’ai mal dormi et, à un moment donné de la nuit entrecoupée d’éveils cauchemardesques, j’ai eu la vision d’insectes en train de mourir dans un piège à insectes, des frelons en train d’escalader des parois lisses sur lesquelles ils glissent jusqu’à épuisement, mais cet épuisement prend des heures, des jours, voire, et l’agonie n’en finit pas, et moi, je voyais ces bestioles agoniser sans fin, l’enfer réel, là, si proche qu’il semble irréel. La panoplie de Dante dans un piège à insectes — quelque chose comme ça. C’est le sentiment que j’ai eu, durant la nuit, qui ne voulait pas dire grand-chose, qui ne voulait rien dire, qui était simplement une impression désagréable, un goût désagréable, un parfum incommodant. Qu’est-ce qui est moralement acceptable ? Qu’est-ce qui est moralement insupportable ? Ne dormant pas, j’aurais eu l’occasion d’y penser, mais j’ai préféré penser à autre chose, comme comment me rendormir au plus vite. Comment me rendormir au plus vite ? Surtout en ne pensant à rien. Il faut avoir la conscience tranquille pour dormir. Mais personne n’a vraiment la conscience tranquille. Surtout pas moi. Ma conscience ne me laisse aucun répit. Il s’agit de s’en fabriquer une. Cool, comme disent les certifiés d’allemand. Je crois que j’ai du mal, moi, à m’en faire une. Suis-je trop moral ? C’est probable. Il m’a toujours semblé que je souffrais trop, que je sentais trop, que j’existais trop. Est-ce que j’envie ce qui s’embarrassent moins ? Drôle de question. Je n’ai jamais réussi à me remplir des choses, à me consumer dans la consommation, à m’épanouir dans la zone commerciale, à me détendre dans la stupéfaction (la drogue me rend paranoïaque), à me délasser dans le luxe, à me sentir bien avec ceux que, pourtant, on me présente comme mes semblables. J’ai toujours eu envie de me jeter par la fenêtre, de changer le monde, de déclamer un poème, de griffonner dans des carnets secrets, d’écrire un livre, de tuer quelqu’un. Les fous ont faim, les autres mangent. Règle bizarre à laquelle on pourrait assigner des valeurs relatives dans le monde occidental. 20/80. 1/99. Plus/Moins. Mais à quoi serviraient-elles, ces valeurs ? Dans les pays suralimentés, tout le monde est au régime, et la majorité obèse. Voilà le genre de paradoxes adipeux qui enrégimentent le monde. Voilà avec quoi il faut inventer sa vie. Tâche grasse.

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