11.10.20

Rien à faire que du vent, des signes avec les doigts, comme on en voit, je crois, dans certains tableaux expressionnistes. Tâché de penser à quelque chose, mais me suis endormi, ai rêvé des songes dont je ne devais pas me souvenir. J’ai eu froid. Je me suis enroulé dans une couverture. Et puis, je n’ai plus dormi. Pierre m’a appelé au téléphone, dans l’après-midi. Nous avons parlé une heure et demie. Sinon, c’est vrai, je ne parle à personne. Ou quasi. Est-ce par amour du silence, mutisme ascétique ? Pas vraiment, non, plus personne n’a envie de me parler. Alors, je me tais, j’essaie de trouver une idée, une idée, c’est-à-dire une forme, une forme, c’est-à-dire une obsession. Et puis, le soir, quand la nuit est tombée, dans un de mes carnets noirs, celui où j’écris à l’encre noire, j’écris des poèmes, que je ne relis pas, pas pour l’instant, en tout cas, je les confie à l’oubli, à mon oubli. Y reviendrai-je plus tard ? Je m’efforce d’avoir de la suite dans les idées. C’est ce à quoi je tiens le plus, je crois. En ce moment, surtout, quand tout semble partir dans tous les sens, quand j’ai l’impression que je ne contrôle plus rien, que le monde autour de moi, ce qu’on appelle le monde social, se rend toujours plus fou, toujours plus malade, toujours plus invivable. Mais ça n’a pas d’importance : les produits se vendent, les drogues se consomment, on fera les comptes plus tard, quand il sera trop tard. Mais il est toujours trop tard pour ce monde-là.