2.11.20

Carnets d’un hiver. — c’est le titre de l’écrit que j’ai commencé il y a quelques jours et qui, je crois, correspond parfaitement à mon idéal littéraire du moment. Vu de l’extérieur, ainsi, on pourrait tout à fait se dire que je ne fais rien cependant que, vu de l’intérieur, il me semble qu’il y a longtemps que je n’ai pas fait tant de choses. Et pourtant, il n’y a pas deux réalités en concurrence ; il s’agit d’une seule et même réalité. Laquelle ne souffre pas, qui plus est, d’incohérence. Mais possède au contraire une unité frappante. Ne faut-il pas apprendre à nous voir ainsi, non comme des fragments d’un tout plus grand que nous, mais comme des totalités confrontées au sujet de leur accomplissement ? Ce matin quand, après avoir fait une heure de latin avant de faire le ménage, je suis sorti courir, j’ai senti mon corps lourd qui se résistait à lui-même, s’empêchait dans sa dynamique, mais cela ne m’a empêché ni de courir ni de sourire parce que je faisais ce que je voulais faire. Et cette idée, si elle contient un aspect absurde, en raison de sa naïveté quasi kitsch, ne contient-elle pas aussi quelque chose de fascinant, de beau, si j’ose dire tout simplement ? Tout semble s’enfoncer toujours plus loin dans une noirceur délétère et moi, il me semble que je vois la lumière. N’était-ce pas le sens de cet autre carnet en cours, chercher les éclaircies, et même dans le négatif, et même dans le sombre, et même dans ce que l’époque s’efforce de t’opposer, voire : précisément parce que l’époque s’efforce à s’opposer à toi ? Parfois, j’ai l’impression d’avoir la tête pleine de carnets, ou plutôt que le contenu de mes pensées se matérialisent dans ces carnets, qui se multiplient, se font oublier, se recoupent, s’oublient, s’abandonnent. Là, j’élabore quelque chose qui a besoin de prendre son temps, et cette lenteur (de l’écriture manuscrite, de la composition) m’apparaît bénéfique — claire.