6.11.20

Nous sommes si pleins de contenu, que je ne puis plus envisager activité que vide. Courir. Quarante-deux kilomètres cette semaine. Une boucle qui contient une boucle. Circumvagation autour d’une zone absente, n’existant pas pour elle-même, mais uniquement pour le périmètre étranger à elle qui la définit. Il y a des murs invisibles partout, mais on peut vivre une vie normale. Ceci n’est pas un paradoxe, mais la définition même de la vie sociale. Chacun est un mur pour tous. Surtout quand on l’abat. Vide de l’activité : tourner autour d’une zone vide d’elle-même. Décliner des déclinaisons. N’avoir nul but, qu’un but nul. Je ne fais pas l’apologie du néant, puisque ce serait faire l’apologie de quelque chose, l’apologie constituant le néant en quelque chose ; je crois que je me refuse à abandonner tout espoir. Vue d’une certaine façon, le vide peut sembler pur négatif. Or, vue d’une autre, sa négativité même se convertit en positif. Toujours voir les choses d’une certaine façon et puis d’une autre. Nécessité de l’inversion. Avec ou sans mauvais jeu de mot, comme Proust inversant son inversion pour écrire son roman. Se refuser à abandonner tout espoir, qu’est-ce à dire ? Qu’on croit qu’il y a quelque chose au bout du chemin, une lumière au bout du tunnel ? Espoir des imbéciles — repoussé à la fin des temps. Ici et maintenant, voilà qui serait révolutionnaire. Immédiateté du geste, pas inconsidéré, mais considéré en tant que tel. Chaque instant, une source. Au lieu qu’on nous abreuve. Idéal inondé de la vie sociale. Qui, quand même on la prétend disparue, se maintient égale à elle-même, débordante, et ses milliards de noyés. J’entends le vent qui se lève. Attends l’hiver plus sagement qu’en tremblant.