10.11.20

Épaves d’un rêve échouées de la nuit. Étonnant, d’habitude, il ne m’en reste quasi rien. Est-ce l’effet d’un changement de régime : m’endormir en écoutant de la musique (encore les cantates de Bach : Aus der Tiefe rufe ich, Herr, zu dir) ? Mais ces bribes de rêves de la nuit, je n’ai pas envie de les expliciter. Ce sont des images qui flottent là, dans un coin de mon espace mental, des signifiants presque insignifiants ou que, du moins, je voudrais rendre tels. Peut-être que je ne le devrais pas, comment savoir ? Faut-il seulement savoir ? Faut-il savoir, par exemple, ce que pensent tous ces gens qui vivent de la chronique du temps présent ? Tous ces professionnels de l’actualité, qu’ont-ils à dire qui ne soit redondant ? Hier dans les Cahiers de Cioran, j’ai noté cette phrase : « Je ne prise rien tant qu’une prose squelettique traversée d’un frisson. » Mais justement, pour parvenir à ce squelette fiévreux, de quelle force, de quelle ardeur, de quel amour et de quelle haine de soi, de quelle détestation du temps présent faut-il faire preuve ! Tous ces tâcherons affairés à commenter le temps dans lequel ils sont empêtrés ne produisent jamais qu’un galimatias bedonnant et fier de soi. On voudrait découvrir un continent où l’on aurait l’espoir d’y échapper. Mais le bavardage est universel ; — le dernier des droits de l’homme. Quand j’essaie de rassembler les débris de la nuit, je ne vois rien de l’époque dans laquelle nous nous noyons. Plutôt des signes d’espoir, non d’une autre époque — toutes les époques se ressemblent in fine —, mais d’une vie moins recroquevillée sur elle-même. Une architecture : de grands espaces intérieurs qui semblent déserts, plafonds à des dizaines de mètres de hauteur, immenses escaliers en métal et en bois, vastes baies vitrées d’où parvient une lumière blanche, légèrement bleutée. Mais sur quelle mer donne-t-elle, cette baie ? Deux personnages évoluent dans ce bâti : un homme et une femme. Que font-ils ? Le rêve ne le dit pas. Est-il besoin ?