25.6.21

J’ai écrit des phrases que je ne comprends pas en souvenir d’une épiphanie qui n’a peut-être pas eu lieu. Et d’autres que je n’ai pas écrites mais que j’avais pensées au moment de cette épiphanie. Que faut-il entendre ? Comment faut-il s’y prendre ? Chaque fois qu’il me semble avoir une idée, me dire que je vais faire un nouveau livre, ou bien considérer toutes ces idées non comme des fragments d’un tout absent, mais comme des parties disparates à comprendre, à lier ? Relier, délirer. Hier, j’ai écrit 97 vers après avoir arrêté de regarder un mauvais film sur un grand poète. Est-ce que cela fait de moi un mauvais poète sur lequel personne ne fera jamais de grand film ? Quelle idée saugrenue. Pas sur le poète, les 97 vers, que je n’ai jamais lu, mais sur une idée que j’avais en tête depuis plusieurs jours, une phrase, plus exactement, qui me hantait et ne paraissait pas vouloir me laisser en paix tant que je ne lui aurais pas trouvé la destination qui lui convenait. L’ai-je trouvée, cette destination ? Quand j’ai le sentiment de n’avoir rien à dire, je fais état de mes doutes. Ou alors sont-ce mes doutes qui me donnent le sentiment de ne rien avoir à dire ? Comment savoir ? En le disant ? De cette idée qui devrait former le tout présent par opposition au fragment, j’ai gardé la trace par écrit, sur une feuille de brouillon, c’est-à-dire au verso d’une feuille déjà imprimée, au cas où elle déciderait de me fuir. Mais, l’ayant notée, je me mets à me poser des questions stupides : faut-il que j’écrive tous les bouts du tout dans un cahier consacré à cela seul ? faut-il que j’ouvre un nouveau fichier ? et si j’arrachais les pages de ce carnet dans lequel j’avais commencé d’écrire mais où je me suis arrêté, cela ne serait-il pas mieux ? oui, mais ces pages que tu as écrites, comme celles qui sont dans ce fichier sur les yeux de la sainte, n’appartiennent-elles pas déjà au tout qu’il te faut composer ? questions qui ne servent à rien, sinon à retarder à combler le vide de la chose qu’il me faudrait emplir de moi, ou moi de la chose.