30.6.21

Je regarde le vent qui souffle dans les branches de l’arbre que je connais sous un faux nom. Celui que je lui donne n’est pas le sien. J’en cherche un autre, ne le trouve, l’appelle l’arbre. Après la fièvre d’hier et puis celle de la nuit causée par le vaccin de la veille (n’ayant pas écrit hier, ce journal ne souffre plus désormais du décalage temporel par anticipation qu’il a connu pendant quelques jours), j’ai mal partout. Je suis lent, mais j’ai les idées claires. Je lave mes vêtements de nuit. Les étends sur le balcon. Change les draps du lit. La fièvre, bien que réelle, ne m’avait-elle pas semblé artificielle ? Sans doute parce que je connaissais la nature de sa cause. Qu’il faut être imbécile, me dis-je, qu’il faut être imbécile pour s’infliger cela. Est-ce vrai ? Je ne le crois pas. Le monde commun ne cesse de se déliter. Et il faut être fort au contraire d’imbécile pour demeurer un individu et ne pas se désagréger avec lui. Est-ce à dire que ce que tu fais, ce n’est pas pour toi que tu le fais ? C’est plus compliqué que cela. La vie supporte mal d’être analysée de façon binaire. Pourtant, n’est-ce pas cela à quoi nous sommes acculés ? Toujours plus d’oppositions. Tout devient très simple. Et plus personne ne comprend plus rien. Tout le monde a les yeux rivés sur quelque chose qui n’est pas le problème. Et les seules solutions proposées consistent à aménager le territoire d’un monde invivable. Mais je me répète. Or je n’en ai pas envie. Trop de lassitude dans les doigts. Je lève la tête. Fixe jusqu’à l’éblouissement les fleurs jaunes d’un arbre pris entre deux masses de béton. Végétation tassée. Êtres humains entassés. Mais je n’ai pas envie non plus de déplorer. Comment se fait-il qu’il me semble que je ne parviens pas à exprimer ma joie ? Est-ce la fatigue ? Ou l’expression de la joie, menacée par le kitsch, est-elle plus difficile ? Mais toutes les déplorations ne sont pas des chefs-d’œuvre. Formes d’un frisson sur la peau. Insectes d’été cymbalent.