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14.3.22

Ubiquité de l’exil intérieur. Plutôt que de tourner vers le dehors — c’est-à-dire vers moi-même — plutôt que de tourner vers le dehors la colère, la rage, la frustration, la déception, le dépit, la tristesse que cause chez moi le monde dans lequel je vis, je tâche d’utiliser cette énergie négative à autre chose, je tâche d’en faire une arme de destruction massive de mes préjugés, de mes lâchetés, de mes faiblesses, de mes névroses, de tout ce que je n’assume pas, de tout ce dont je ne suis pas capable, de tout ce dont j’ai peur. J’ai envie de rire de tout, à commencer par ma propre colère, ma propre rage, etc., et je ne sais pas si la raison en est que tout est sérieux ou que rien ne l’est. Qu’importe : est-ce que tout ne finit pas par se confondre avec son contraire ? Les moments qui devraient être les plus intenses, les plus joyeux, les moments qui devraient être de grandes fêtes sont d’un ennui mortel, d’une laideur totale, d’un grotesque consommé. Pourquoi ? Ce serait bien présomptueux de le dire (il faudrait être un intellectuel français pour l’oser), mais se révèle durant ces périodes où l’on s’attendait à ce que se produise autre chose que ce qu’il se produit en effet quelque chose comme l’incapacité à sortir de nous-mêmes. Nous ne sommes pas narcissiques (Narcisse, c’est l’origine du mythe sans lequel il ne veut rien dire, Narcisse était beau, d’une beauté inédite et sans égale), nous vivons dans le solipsisme de l’omphale : notre horizon est tapissé de nos seuls désirs face auxquels nous sommes impuissants — impuissants à reconnaître qu’ils sont des désirs et non la réalité, impuissants à faire autre chose que les subir. Il est dommage que nous ne soyons plus sensibles à la pensée mythologique, nous pourrions donner une image saisissante de cette démesure et de ses conséquences désastreuses. Non, nous ne sommes plus sensibles à la pensée mythologique (même nos romans singent les reportages), et pour cause : nous sommes victimes de notre pensée mythologique, victime de mythologies dont nous ignorons qu’elles sont des mythologies, des mythologies que nous n’avons pas inventées en tant que telles, que nous avons héritées ignorant qu’elles en étaient. En quelque sorte : nous nous racontons des histoires parce que nous ne savons pas en raconter. Mais pourquoi est-ce que je dis tout cela ? Je l’ignore. Oh non, ne te trompe pas, je ne vais pas dire encore une fois que je parle dans le vide, que personne ne m’aime, que c’est injuste, et tout et tout, non, tel n’est pas mon état d’esprit. Non, je me demande simplement pourquoi je perds mon temps à cette critique. Mes idées ne sont-elles pas déjà claires ? Le sont-elles jamais ? J’entends : il ne s’agit pas d’avoir les idées claires, comme si elles pouvaient l’être une bonne fois pour toutes, mais d’éclaircir, — le ciel, les idées, la vie. Petit bouquet de fleurs jaunes dans un verre. Cueillies sur le chemin. Que faire pour devenir à l’image de sa simplicité ?

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