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15.4.22

Ça y est, je crois que tout me gonfle. De nouveau. J’ai essayé de faire les choses comme il faut, de m’intéresser à l’histoire en train de se faire là sous nos yeux (à la télé, quoi), aux sujets, aux propositions, aux polémiques même, et je crois que j’y suis parvenu de façon assez convaincante, bien que fondamentalement fausse, inauthentique, pendant un certain temps, je suis même allé voter pour donner le bon exemple à ma fille, voter blanc, il ne faut pas exagérer non plus, mais je crois que je n’en peux plus. Que s’est-il passé ? Eh bien, rien. Précisément. Tout est indiciblement bête. Et s’y plonger n’y change rien. On peut faire semblant pendant un certain temps, pour ce faire, pour compenser, j’ai même regardé des matchs de foot à la télé, mais pendant un certain temps seulement. Je ne sais pas quelle part de cynisme ou d’imbécilité ou des deux, les deux, ce n’est pas à exclure, non, je ne sais pas quelle part de cynisme ou d’imbécilité, de naïveté, de crédulité, de haine, de mépris, quelles parts de quoi entrent dans la composition de cet état de choses, mais c’est tout simplement insupportable. Dégradant même, oserai-je dire. Comme tout semble bas, feint, mal mis en scène et mal joué, tout est si évident qu’on se demande comment on peut se leurrer de la sorte, et comment on peut s’imaginer leurrer qui que ce soit de la sorte. Et que ça marche, en plus. L’étonnant, ce n’est pas que si peu de gens aillent voter. Non, l’étonnant, c’est que tant de gens continuent d’aller voter. Aimerait-on être humilié ? C’est possible. L’étonnant, c’est que la jeunesse continue d’avoir une opinion là-dessus, même pour rejeter l’ensemble, qu’elle soit finalement incapable d’inventer quoi que ce soit de nouveau. Qu’elle se réfugie dans ce qu’il y a de plus triste, de plus sinistre dans l’existence. Les petites luttes pour les grandes causes, la religion, la consommation, la défonce, le cul, comme papamaman, quoi. Toujours la même chose. Toujours la même et rébarbative histoire barbare barbante. Écrivant ces lignes, je pense à celles que j’ai écrites il y a presque cinq ans jour pour jour. M. nous avait prêtés sa maison en Bretagne. Daphné, en réponse aux oiseaux de mer qui criaient, leur adressait des baisers sonores. La vie était belle. La vie était impossible. Et j’avais été frappé par ce même sentiment, la même impuissance à inventer quoi que ce soit de neuf, de différent. Cinq ans ont passé, et tout est identique. Un peu plus dégradé, peut-être, et encore, est-ce si certain ? Non seulement notre génération (je déteste cette expression, mais je l’emploie pour les besoins de l’argument), non seulement notre génération a échoué à inventer quelque chose de nouveau (c’est pour cette raison qu’EM a été élu il y a cinq ans et pour cette raison aussi qu’il sera réélu la semaine prochaine), mais la génération suivante aussi, et la suivante après elle en fera de même, exactement de même, cela ne fait aucun doute. « Mais cela va bien finir par changer un jour », a-t-on envie de dire, oubliant ainsi qu’il aura fallu quelque 1000 ans aux Français pour faire cette révolution que nous, leurs lointains descendants bouffons, n’avons de cesse d’humilier. La fête est devenue une farce de mauvais goût dans laquelle on singe la guerre civile qu’on a trop peur de se faire. C’est mauvais. Oui, c’est mauvais, bien sûr que c’est mauvais, mais c’est la vie. Couru un marathon cette semaine. En cinq jours. 10 kilomètres aujourd’hui pour couronner l’ensemble. Certes, je ne serais pas arrivé à temps à Athènes, mais je serais resté en vie, moi. Autres temps, autres mœurs : ceci n’est pas une époque héroïque.

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