Je suis mon propre incendie. Et ne cherche pas à l’éteindre. Je veux qu’il me consume, qu’il consume mon monde, jusqu’à la racine, il faut qu’il n’en reste rien. Brûler la fausse conscience jusqu’à l’essence. Il ne doit rien subsister. Quand tout aura été calciné alors nous pourrons parler. En attendant, mets le feu à la volonté. Arase. Tout est faux. On s’imagine exister, mais il n’en est rien. L’univers fait semblant. C’est sa raison d’être. J’ai trouvé refuge dans un coin pour écrire. Dans la pénombre. Non pas indifférent au cours de l’univers — qui pourrait bien s’offrir un tel luxe ? si nous en avons le désir, il faut se rendre à l’évidence : c’est au-dessus de nos moyens, pour se l’offrir, il faudrait être une sorte de divinité grecque dans un monde qui n’en a plus l’usage, la dette a tout emporté —, mais loin, juste à côté, mais infiniment loin, dans une autre dimension, ou quasi. J’avais commencé à écrire quelque chose et j’étais même parvenu à me persuader que ce n’était pas complètement stupide, qu’il y avait une beauté naïve dans cette idée, mais au bout de quelques phrases, je me suis senti écrasé sous le poids de ma propre bêtise. Et donc, j’ai tout effacé. Et donc, j’ai recommencé. Avec ce désir de tout brûler. Qui n’était pas une métaphore, ou pas tout à fait, plutôt l’expression de la nécessité de mettre fin. Alors pourquoi est-ce que j’ai recommencé ? Pourquoi n’ai-je pas tout simplement laisser tomber ? Alors pourquoi recommencer ? Pourquoi toujours recommencer ? Tu ne comprends pas. Tu crois chercher quelque chose de neuf alors que tu ne fais rien, qu’attendre la dernière nouveauté. Et il y en aura encore une après, et il y en aura toujours une après. Ce n’est pas cela qu’il faut chercher, mais autre chose, qui n’a pas encore existé, qui n’a pas encore vécu. Comment s’y prendre autrement, pour le trouver, qu’à tout brûler ? Dans ma pénombre, le bruit du boulevard me parvient étouffé, sans doute pas assez, je n’ai pas d’usage pour lui. Pour une divinité grecque, oui. Je l’installerais sur mon épaule, et lui dirais : Inspire-moi. Chante, muse. « Chante, muse » : quand on tape ces mots-clefs dans google, le premier résultat qu’on obtient est « Muse chante “Plug In Baby” en live – Vidéo Dailymotion. » Tout une civilisation dans un moteur de recherches.