À quoi bon ? Je n’en ai aucune idée. Peut-être y a-t-il des raisons cachées, peut-être n’y en a-t-il pas (à quoi ? mais à tout, enfin), de toute façon, si les raisons sont cachées, elles ne nous sont d’aucune utilité pour mener notre vie puisque nous les ignorons, nous serions simplement agis par des forces qui nous échappent, dont nous sommes des sortes de jouets, c’est possible, mais cela ne nous avance pas vraiment, n’en ayant pas de preuves, nous ne faisons que supposer, ou pétitionner quelque principe, c’est confortable, mais ne va pas plus loin, et, s’il n’y en a pas, nous pouvons bien faire n’importe quoi, cela n’a aucune espèce d’importance, une chose ni son contraire ne feront jamais la moindre différence. Y a-t-il une fin dernière ou n’y en a-t-il pas ? Là-dessus, l’on peut faire, je crois, le même raisonnement que ci-dessus, ceteris paribus, et l’on n’en saura guère plus. Est-ce la nécessité qui est aveugle ou nous qui sommes aveugles à elle ? À elle ou à n’importe quoi, à moins d’un acte de foi — lequel peut prendre n’importe quoi pour objet —, il est probable qu’on ne puisse jamais trancher aucun nœud, et c’est peut-être notre drame, ou alors notre chance, comment savoir ? Comme on établirait un catalogue d’alternatives, on peut émettre toutes sortes d’hypothèses — que tout se paie un jour, qu’au fond rien n’a de sens, que rien n’est vrai donc que tout est permis, qu’il y a une vie après la mort, où les méchants seront châtiés, les bonnes récompensées, et que sais-je encore ? —, que chacune d’elles prenne la forme d’une affirmation n’est pas une explication ni un tic de langage, plutôt un symptôme des diverses illusions dont nous sommes les victimes, mais nous ne sommes jamais bien avancés, non, il faut le répéter. In fine, tout ne se réduit-il pas à différentes excentricités ? Nous sommes tous identiques, à peu de choses près, et c’est ce peu de choses près qui fait toute la différence, précisément, les rivières de diamants, les fleuves de sang, les océans de larmes, les tempêtes dans un verre d’eau, les déluges de bons sentiments, — est-il besoin de filer encore la métaphore ? Quand, à défaut de venir à bout du doute — par entêtement, exagération, surexcitation —, on est parvenu au bout du doute — par résignation, fatigue, ou lassitude —, se choisit-on ainsi quelque art de vivre qui nous permette de passer le temps et de ne pas nous effondrer devant l’inanité de l’existence et la nécessité de la mort ? Car, outre cela, rien n’apaise vraiment nos doutes que l’assurance de la fin. Ainsi s’applique le baume de la mort : elle vient, chaque jour un peu plus proche. Est-ce le fin mot de toute morale ?










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