comment 0

17.1.19

Les idées en place. Mais où ?

J’ai écrit deux phrases dans les habitacles tout à l’air. D’un certain point de vue, deux phrases, ce n’est presque rien. Mais en fait, deux phrases, ce peut être beaucoup. Parce qu’elles ouvrent quelque chose qui n’avait pas encore été ouvert et qu’il fallait ouvrir. Dans le premier cahier, me suis-je aperçu, j’avais écrit : « Nous y reviendrons. » Sauf que je n’y étais pas encore revenu. Il fallait y revenir. Mais il fallait encore trouver comment y revenir. Est-ce que j’avais oublié d’y revenir ou est-ce que je m’étais dit laisse faire les choses, laisse le livre se faire, quand il faudra y revenir, tu y reviendras, et si tu n’y reviens pas, c’est que tu ne devais pas y revenir ? Vaste question à laquelle je ne répondrai pas parce que je n’ai pas envie d’y répondre. Ces deux phrases, c’est pour cette raison que je dis que deux phrases ce peut être beaucoup, ces deux phrases à elles seules ouvrent un nouveau cahier, le cahier 7. Rien que ça. C’était l’idée du livre, l’idée que ces habitacles soient eux-mêmes un habitacle, c’est-à-dire qu’ils accueillent ce qui se présenterait pendant que je les écrirai, qu’il abriterait les phrases que j’aurai l’idée d’y écrire. Sans plan. Sans idées préconçues. Mais avec des idées en tête, oui. En place, donc.

Vapeurs de bergamote qui flottent dans l’air, ce soir.

IMG_20190117_091753__01.jpg

comment 0

16.1.19

Je vais faire quoi, 25, 30 exemplaires de chaque cahier des habitacles ? Comme une manière de tiré à part, si on veut. On peut voir les choses comme ça. Oui. Christian m’a écrit ce matin et il a employé un joli mot, que j’aime beaucoup, et que j’avais eu le tort d’oublier, à propos d’un autre tiré à part, mais enfin, il s’applique à celui-ci : самиздат. Soit, comme le dit le Trésor de la Langue Française sur internet, dans la partie que je préfère des articles, tout en bas : Prononc. et Orth.: [samizdat]. Parfois avec majuscule (supra). Plur. des samizdatsÉtymol. et Hist. 1971 (le Figaro ds Giraud-Pamart Nouv.). Motrusse, propr. « auto-édition », abrév. de samoizdatel’stvo « maison d’auto-édition », comp. de samo- « soi-même » et izdatel’stvo « maison d’édition ». L’angl. samizdat « auto-publication » est att. dep. 1967 ds NED Suppl.2. J’avais déjà commandé une agrafeuse long bras pour brochures Rapesco Marlin, une cartouche d’encre XL pour mon imprimante, des agrafes Rapid. Mais il manquait quelque chose. Du papier. Aussi, c’est ce que j’ai fait ce midi, au lieu de manger (j’ai mangé après), je suis allé acheter du papier, un rouge 120 g pour la couverture et un ivoire 100 g pour l’intérieur. Peut-être que j’ai tort de faire ça, je perds probablement mon temps. Ou alors, c’est une façon d’occuper le temps malgré tout, de ne pas le regarder passer à vide, mais en fait j’aime bien cette idée — tout faire moi-même. Ce qui ne signifie pas que je ne veux plus être édité par un éditeur digne de ce nom, mais il faut que je fasse quelque chose, il faut que je fabrique quelque chose. Tout seul, tout à la main, ou presque. Quand j’ai imprimé le premier cahier aujourd’hui, j’ai ressenti une véritable émotion, j’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose. Et, je crois, il y a longtemps que je n’avais pas ressenti cela. SAMIZDAT, dit encore le TLFi, subst. masc. [En U.R.S.S. et, p. ext., dans d’autres pays de l’Est] A. − Ouvrage diffusé clandestinement sous forme polycopiée ou ronéotypée, en raison de l’impossibilité pour son auteur de le faire éditer de façon régulière et ouverte du fait de son caractère politique ou social (d’apr. Giraud-Pamart Nouv. 1974). Les Occidentaux croient que les samizdats qui circulent sous le manteau dans les pays de l’Est sont des textes engagés, polémiques. Mais ce sont tout simplement des romans, des poèmes, les œuvres de Kafka (Le Nouvel Observateur, Spécial littérature, 1981, p. 43, col. 2). Évidemment.

IMG_20190116_144510__01.jpg

comment 0

15.1.19

Cahiers 4, 5 & 6 en cours d’écriture dans les habitacles.

Quoi qu’il arrive, je n’arrêterai pas. Est-ce une bonne résolution ? Je ne sais pas. Bonne, je ne sais pas si elle l’est. En tout cas, oui, résolu, je le suis. C’est la moindre des choses, non ? Si je ne suis pas résolu, personne ne le sera pour moi — à ma place. Personne n’est jamais à la place d’un autre. Peut-être, après tout, peut-être, que cette période que je traverse me sera salutaire, l’isolement, l’impression que, quoi que je fasse, cela ne suscite rien que de l’indifférence. Je dis que cette période me sera salutaire, mais en suis-je convaincu ? Rien n’est moins sûr. Je ne me suis jamais vraiment vu comme un saint, un martyre. Le martyr, les épreuves, je m’en passerais bien volontiers. Est-ce pour cette raison que Dieu se détourne de moi, qu’il ne me répond pas quand je m’adresse à lui, la nuit, quand je ne dors pas ? La nuit dernière, derechef, quand Daphné, se réveillant, emporta avec elle le réveil de la maison entière. Pourquoi est-ce qu’au lieu de dormir — quand je suis réveillé comme ça en pleine nuit — je parle à Dieu ? Est-ce que je parle à Dieu dans mon sommeil et que, comme je dors, je ne m’en aperçois pas ? Mes rêves sont-ils des prières ? Comment le saurais-je ? Il faudrait que je le demande à Dieu, mais il ne me répond jamais. Ou bien alors quand je dors et, au réveil, je l’ai oublié. Je ne me sens pas l’âme d’un saint. D’un philosophe, oui, mais d’un saint, non. Est-ce que je l’ai déjà raconté ? Oui, je crois que je l’ai déjà raconté. Je devais avoir 12 ans, mon frère était en terminale, et il avait des difficultés avec la philosophie. Ce n’était pas pour lui. Il en parlait avec ma mère qui devait lui expliquer que c’était important, la philosophie, pour la culture, enfin, le genre de choses que ma mère disait, quoi, et moi, je m’en souviens très bien, je suis intervenu dans la conversation, conversation dans laquelle je n’avais rien à faire, mais j’y suis intervenu quand même pour déclarer : Je me sens une âme de philosophe. On imagine le malaise. J’ai toujours eu le chic pour faire des déclarations incongrues. Mais rigoureusement vraies. Je me sentais une âme de philosophe. Et aujourd’hui encore, je me sens une âme de philosophe. Mais pas de martyre ni de saint. Trop de souffrances, pas assez d’idées. Est-ce que le genre de déclarations incongrues que tu fais à 12 ans déterminent toute ta vie ? Il faut croire que oui.

Pourquoi fallait-il qu’il y eût quelque chose plutôt que rien ?

IMG_20190115_175653__01.jpg

comment 0

14.1.19

Cet après-midi, dans Saint-Simon, cette phrase qui est tout à la fois un traité miniature de morale et de grammaire : « Son grand mérite étaient ses inepties, qu’on répétait, et qui néanmoins se trouvaient quelquefois exprimer quelque chose. » Par ce que la phrase raconte, évidemment, tout d’abord, l’histoire de quelqu’un qui parle (un courtisan, le comte de Roucy), parle, parle pour ne rien dire et qui, parfois, par hasard, se trouve effectivement dire quelque chose. Comme il peut arriver, effectivement, à quelqu’un qui ne sait pas compter de tomber juste à l’occasion. Pour la place des adverbes, ensuite, multiples (preuve, soit dit en passant, qu’il n’est pas nécessaire de les éliminer tous, adverboctone incontinent, il suffit de savoir où les mettre) et qui témoigne d’une maniaquerie quasi scientifique qui fait tout l’art de la phrase de Saint-Simon (quand même il se perdrait, de temps en temps, dans la construction de ses phrases ; mais encore faut-il qu’elles obéissent à une construction a priori, rien n’est moins sûr). Enfin, à l’endroit de son début : « Son grand mérite étaient ses inepties ». « L’accord du verbe avec l’attribut, note Yves Coirault dans l’édition de la Pléiade, est assez fréquent dans les textes saint-simoniens », ce qui est probablement exact, mais qui manque peut-être le fond de l’affaire, le fond de la phrase qui peut se lire de gauche à droite, comme c’est l’usage, aussi bien que de droite à gauche, comme c’est la nécessité ici. À l’endroit et à l’envers, c’est une manière de grammaire totale (ses inepties étaient son grand mérite, ou : ses inepties était son grand mérite) qui s’expose là. Il n’y a pas qu’un seul sujet dans la même phrase, ou alors tout n’est que sujet dans la phrase, tout peut fonctionner comme sujet selon comment on prend la phrase. La phrase s’étend dans tous les sens, elle n’est pas unidirectionnelle (sujet verbe complément, puisque le complément peut être sujet et le sujet, complément) ; elle part littéralement dans tous les sens (à l’endroit et à l’envers).

Magie de tout ce qui peut se prendre à l’endroit comme à l’envers (la phrase, les ruines, la métamorphose, la poussière). Et supériorité sur celles qui ne peuvent se prendre qu’en un sens, qui vont toujours au même endroit. Magie de tout ce qui part dans tous les sens. Grammaire ou ontologie.

IMG_20190111_192351.jpg

comment 0

11.1.19

La bêtise me fascine. Il m’arrive parfois d’être hypnotisé par la bêtise, de me demander mais comment peut-on être si bête ? et de ne savoir que répondre, de simplement contempler la bêtise, avec l’impression de devenir bête moi aussi. D’être happé par elle comme par un énorme batracien dans le ventre duquel je suis digéré longtemps, ses sucs gastriques dissolvant mon corps lentement. La bêtise est probablement contagieuse, mais ce n’est pas ce qui me préoccupe, plutôt qu’elle s’accompagne généralement d’une force de conviction qui est susceptible de l’emporter chez la majorité (immense, même).

Ce matin, quand je suis allé courir, après avoir écrit dans mes habitacles, il faisait 1°C. Rien de dramatique. Mais à Marseille, on ne réagit pas au climat exactement comme ailleurs. Dans le jardin public derrière le MAC, il y avait un cordon de sécurité autour d’un périmètre qui semblait ne posséder aucune qualité particulière. En approchant, on découvrait cependant cette inscription effrayante ATTENTION VERGLAS. Un peu plus loin aussi, ça glissait un peu, mais les agents de la force publique n’avaient sans doute pas cru bon d’intervenir.

Mes habitacles. 5 chapitres à peine, pour l’instant. Les deux derniers sont encore loin d’être terminés. Il y a quelques jours encore, je me disais que j’avais bien fait d’abandonner ce texte, et voici qu’à présent, je ne pense plus qu’à lui. Est-ce que je manque de méthode ? Probablement. Ou alors, on peut aussi penser que ce texte s’est rappelé à moi par la négative, par un rejet qui cachait mal son jeu d’attirer l’attention à lui, sans donner l’impression de le faire, sinon je me serais probablement lamenté d’avoir abandonné ce texte, là où, en le rejetant d’abord, évidemment, un phénomène d’attraction — irrésistible, sinon ce n’est pas de l’attraction — s’exerce. Hier soir, Nelly a lu le premier cahier. Je crois que j’ai l’imprimatur.

Nelly, impératrice de l’imprimatur.

IMG_20190111_184059~2.jpg

comment 0

Habitacles

Work in progress. Travaux manuels. À la fin de l’année dernière, j’ai commencé à écrire un texte — des « habitacles » — lequel prenait prétexte de la cabane pour envisager une certaine façon de vivre, un peu mieux, ce qui peut se comprendre ainsi : lui donner un visage que je puisse regarder en face (ce qui n’est pas une mince affaire). Ce texte, où il est question de cabane, de kitsch, de Ludwig Wittgenstein, de Kamo no Chōmei, de Cratyle, d’Adolf Loos, d’obésité, de Clement Greenberg, d’Urabe Kenkō, de John Cage, de Morton Feldman, de folie, de ruines, d’aphorismes, et caetera, j’en oublie, ce texte, bref, potentiellement infini, et en tout cas non fini, en cours, me suis-je dit, plutôt que de le stocker un peu bêtement sur mon disque dur, il faudrait d’ores et déjà en faire quelque chose. Soit : le partager sous la forme de livraisons imprimées par mes soins, des cahiers de 12 pages (8 pages de texte + 4 pages de couverture). De la littérature do it yourself, si l’on veut, quoi. Aussi, je propose à ceux d’entre vous qui souhaitent recevoir ces livraisons de m’adresser un mail avec vos coordonnées à l’adresse suivante — cahiershabitacles@gmail.com — pour que je puisse vous envoyer le texte en retour. Cahier après cahier jusqu’à ce que (peut-être) il soit fini. Ce qui nous donnera l’occasion, je l’espère, de parler d’autre chose que du sempiternel présent. Du temps qu’il fait, par exemple. Début des livraisons : courant février 2019.

& sinon rien.

comment 0

10.1.19

Ce matin, qu’est-ce que j’ai fait ce matin ? Je ne sais plus. Nous avons parlé avec Nelly. Oui, c’est ça. Un moment assez long. C’était intéressant. Ensuite, je suis allé courir. 5 km, vite (enfin, vite, pour moi), comme tous les jours désormais (6 jours sur 7 ou quasi). Après nous avons déjeuné ensemble, Nelly et moi. Parlé encore. Et puis, je me suis énervé à cause des éditeurs. Finalement, c’est passé. Je ne me suis pas laissé abattre. Je n’arrive pas à me laisser abattre. Aussi, cet après-midi, je l’ai passé à mettre au point des petits cahiers de 12 pages, 8 pages de texte et 4 pages de couverture, pour imprimer moi-même mes habitacles. Je n’ai pas envie qu’ils restent lettres mortes. Me suis-je dit, plutôt que d’attendre d’avoir fini ce texte que peut-être je ne finirai jamais, et ensuite perdre mon temps à chercher un éventuel éditeur qui éventuellement saura lire ce que j’écris et se dira sait-on jamais qu’il pourrait bien publier ce texte, à condition bien sûr qu’il ne se dise pas immédiatement, mais c’est impubliable, me suis-je demandé, pourquoi n’enverrais-je pas ce texte cahier après cahier à qui en voudrait, pour le lire, pour qu’on en parle, et caetera ? D’où l’après-midi à faire une maquette. Ce que j’avais déjà fait hier, en fait. Le début des poèmes que j’ai écrits cette année. Pour quelques proches. Ça plus ça, un jour après l’autre, c’est bien. J’ai eu l’impression de faire quelque chose alors que, sans doute, je n’ai rien fait. Mais je ne peux pas rester là, comme ça, à ne rien faire, à attendre que le temps passant, je finisse par me laisser abattre. Me laisser abattre ? Plutôt crever ! Oui, évidemment, sauf que c’est la même chose. Soit. Je n’ai pas envie de mourir. Aussi fais-je quelque chose, pas n’importe quoi, quelque chose de précis, qui s’inscrit dans une démarche singulière, enfin la mienne, quoi. Ce que j’écris.

IMG_20190110_164819.jpg