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19.10.18

Sur la Corniche, au milieu de la chaussée, un petit chien court après un rat à sa mesure. Ayant échappé à la surveillance de sa maîtresse ou de son maître, il pourchasse aboyant cette pauvre bête terrifiée qui pousse de petits cris aigus. Moi qui cours à distance sur mon trottoir, je considère cette scène d’un œil distrait quoique suffisant pour voir que de ces horribles bestioles, qui toutes les deux risquent leurs vies, seule la sauvage a conscience de sa mort prochaine, la domestique, elle, alourdie au contraire par le surpoids qui lui sert de mode de vie, cavale comme une folle, ignorant les roues des automobiles qui pourtant la frôlent. Automobiliste, ô mon frère, toi qui freines et braques et contrebraques pour ne pas écraser cet affreux petit toutou, as-tu seulement une pensée pour le rat ?

Do you think it meaningful
seeing the half moon full ?
Flying the half way through
the fool might just be you.

Éthique et esthétique du jeûne. — Mais pourquoi ? Privation volontaire. C’est toute la différence entre l’impératif culturel (culturel) et la décision personnelle, le jeûne culturel-cultuel crée un collectif, le jeûne personnel (quand même il participerait de la prétention à sauver le monde comme de plus en plus de gourous l’insinuent) renforce le sentiment individuel.

Assez pour aujourd’hui, se dit-il en pensant aux gourous postmodernes.

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18.10.18

Depuis que j’ai (re)commencé à lire Ulysses, des phénomènes étranges ont eu lieu : j’ai eu une migraine terrible avec aura et vomissements (deux), il est tombé des trombes d’eau sur la ville (ce qui s’appelle un épisode méditerranéen), Nelly s’est fait une entorse du genou (en dansant), et j’en oublie sans doute, des plus infimes microscopiques inaperçus comme ces ombres que j’entraperçois quelquefois au coin de l’œil ou que je devine dans le reflet d’un des verres de mes lunettes dans le reflet de la vitre ouverte ou fermée tout dépend du temps qu’il fait. Évidemment, on ne peut pas établir de lien de causalité entre la lecture de Ulysses et ces évènements proprement dits, mais le fait qu’ils se produisent durant la même période ne peut pas non plus être ignoré comme si ces deux séries d’évènements (la lecture de Ulysses de James Joyce \\ les évènements dont j’ai parlé) étaient hétérogènes, étrangères l’une à l’autre ; la vérité est que ces deux séries se déroulent dans le même continuum espace-temps et que, à moins d’être dualiste au point de l’exagération, ce qu’il ne faut pas, oh non il ne faut pas, on ne saurait les distinguer du point de vue des essences. Tout se tient, mon petit père, tout se tient. Je crois que beaucoup de choses ont été dites sur ce livre. Certainement pas trop, non, on parle trop de Michel Houellebecq ou d’Éric Zemmour ou d’autres, mais d’eux non plus il ne vaut mieux pas trop en parler, ou de leurs clones ou de ces millions de petits parasites qui s’excitent autour d’eux, qui pour les encenser, qui pour les dénigrer, chacun pour capter un peu de la lumière qui les entoure (encore une histoire d’aura mais une autre cette fois) et que sa petite et médiocre personne ne permettra jamais d’attirer à elle seule. Ô grand jamais ! Mais on ne parlera pas trop des livres de James Joyce, ça, non. D’ailleurs si, plutôt que de gribouiller d’infâmes missives sur l’identité nationale ou son contraire ou le contraire du contraire de je ne sais pas trop quoi, l’essentiel c’est de faire parler de soi, les nainalphabètes qui s’étreignent, se frottent les uns contre les autres, astiquent les petites cellules dans le petit bocal qui leur sert de tête, dans l’espoir d’emblée et toujours encore déçu de jouir un peu voulaient bien fermer leur gueule, qui pourrait s’en plaindre ? Pas moi. Oh non, pas moi. Sauf qu’il en va ainsi dans le monde merdique qui m’a vu naître : je n’en ai rien à foutre de l’identité nationale, de ses contempteurs détracteurs chantres tracteurs et tout et tout, mais je ne peux pas échapper aux élucubrations érectiles d’une semipoignée d’énergumènes en manque de stimuli verbaux. Parce que tout circule, vois-tu. Autoroutes de l’information. Réseaux sociaux. Torrents de merde, oui. Verbum incarnatum, tout ça pour ça. D’ailleurs, peut-être que ça non plus, ce n’est pas sans rapports avec la lecture de Ulysses. C’est vrai que Joyce parlait de doublin loin de doublin, de l’étranger, Trieste-Zurich-Paris peut-on lire à la fin, mais enfin quand même tout se tient. On ne parle jamais trop des beaux livres, des livres ivres comme Ulysses, de la folie qui s’y fait jour et qui est le sel même de la vie, Ulysses, Finnegans Wake, de ces livres dont on se demande en les lisant comment on va bien pouvoir écrire ensuite, non pour ne plus rien écrire, au contraire, pour plus écrire, dépasser quelque chose que l’on tenait pour là, avant, qui le fut mais désormais plus. Avant d’écrire, on devrait toujours se poser des questions plus de questions trop de questions se demander mais comment vais-je faire ? je ne sais pas faire c’est impossible à faire autant ne rien faire et si ? plutôt que de foncer tête baissée dans un mur qui jamais n’avait demandé à te recevoir. On se croit toujours indispensable. Mais c’est faux. Bien sûr que c’est faux. Il faut le devenir. Et ça, on ne le sait jamais, ça vient toujours après-coup. Tout est-il lié ? Forse che sì forse che no. Pas bien avancé, mais après tout, tel n’est peut-être pas le but, peut-être vaut-il mieux demeurer encore un peu dans ce climat d’incompréhension, heures de lecture qui sont autant d’heures de mystère, de doute, d’apnée de la pensée, suspension, pas de raisons d’être quelqu’un d’autre, pas de raisons d’être quelqu’un, ni soi ni personne. Rien. Combien ? 382/1078.

Première tarte tatin de la pâte (sablée) jusques aux pommes (confites). Pas mal pour un débutant pas mal. Salade d’endives noix roquefort encorné farci tarte tatin (idée de menu).

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17.10.18

L’histoire est mal foutue, qui avance tordue, quand elle ne se ramasse pas sur le cul. Comment expliquer autrement que des millions — toujours plus nombreux — n’en admirent jamais qu’un seul, ou deux, comme si on les obligeait à réduire le champ des possibles, un être femme homme ou autre qui n’a rien d’un symbole, n’est guère mieux qu’un petit amas de cellules comme eux, mais se retrouve là sous leurs nez crottés à durée déterminée ? Des milliers d’années de progrès pour en arriver là, ceux qui sortent du tas pour se faire aduler ne sont ni héros ni génies, non, ils ont simplement mieux mené leur petite embarcation que les autres qui, donc, se retrouvent à devoir les regarder à longueur d’années. Une fois que la durée est écoulée, il s’en trouve un autre pour le remplacer. Il n’y a pas de progrès, non, ou alors il faut que le progrès ait des regrets. Non. Les regrets du progrès font le sens de l’histoire sans. Rien dedans. J’ai beau secouer, je n’entends rien, enfin, je ne distingue rien qu’un brouhaha informe. Galimatias. Étymologie incertaine. Comment le serait-elle ? Quand on sonde un peu, on ne découvre rien que des doutes. Toujours plus de doutes. History, Stephen said, is a nightmare from which I am trying to awake, mais personne ne sait comment on se réveille d’un cauchemar, il se trouve qu’on finit toujours par se réveiller, ou alors c’est qu’on est mort, mais tous les efforts sont vains, de se réveiller, d’échapper à la mort. Alors quoi ? Je ne sais pas. La batterie de l’ordinateur me joue des tours. Vérifiez la batterie. Pas de rendez-vous avant la semaine prochaine. La veille du départ à Florence. Il va sans doute falloir la changer. 209 euros. Ce sera le prix à payer à l’horrible mac. Mais y en a-t-il de bons, ou de meilleurs au pire ? Tu parles. Tout est bon à jeter.

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16.10.18

Here comes Jacques Lacan
Dancing the French cancan
People do rejoice
He is reading James Joyce

Quand même tu regarderais par le petit bout de la lorgnette avec les meilleures intentions du monde, tu n’en regarderais pas moins par le petit de la lorgnette. Les lorgnettes sont ainsi faites.

Tous ces gens, pourquoi ? Et puis comment se fait-il, par exemple, que tout ce qui semble passionner susciter provoquer l’admiration l’indignation de ces êtres étranges et flous que l’on nomme mes contemporains me laisse au mieux indifférent un arrière-goût désagréable et une question insistante lancinante entêtante agaçante inquiétante pourquoi ? et que je ne sache pas forcément y répondre c’est vrai après tout ils ont le droit mais n’est-ce pas précisément cela le problème, qu’ils en aient le droit et que cela à la longue ne veut plus dire grand-chose si c’était un spectacle il serait si mauvais qu’il y a bien longtemps que plus personne ne voudrait y assister la boutique aurait fermé faute de client ce n’est pas un spectacle c’est obligatoire on ne me demande pas mon avis on m’impose ces simagrées vulgaires pantins illettrés qui se dévorent les entrailles sans prendre la peine de prendre l’air dégoûté. Comment font-ils ? Pourquoi sont-ils ?

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15.10.18

Il y a plusieurs mots pour chaque chose, je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à ça après le déjeuner, quelle drôle d’idée, et comme il y a toujours plus de choses, le nombre des mots est toujours en expansion, on sort les vieux du dictionnaire pour mettre les nouveaux à leur place, où passent les vieux mots alors ? ils tombent dans l’oubli, où est-ce l’oubli ? est-ce une déchetterie à l’entrée de la ville où on met au rebut les mots passés dont plus personne ne veut se servir ou dont certains se servent encore mais ils sont minoritaires alors on les oublie eux aussi ? il n’y a jamais trop de mots puisqu’on se débarrasse de ceux qui n’intéressent plus personne, toujours plus de mots toujours autant de mots toujours moins de mots, qui y comprend quelque chose ? le problème c’est peut-être aussi les choses, qu’on en fabrique toujours plus, des nouvelles, des qui semblent être nouvelles mais ne le sont pas, des inutiles. Les mots qui désignent des choses inutiles sont-ils eux aussi inutiles ? Disparaîtront-ils plus vite que les mots qui désignent des choses utiles ? Peut-être ont-ils une durée de vie, c’est-à-dire une durée d’usage, plus courte encore que les choses qu’ils nomment. Un nom ne devrait pas disparaître. Un nom devrait-il apparaître pour nommer quelque chose dont on pourrait se passer ? L’économie des choses, des mots, des noms, de l’usage, du langage, le déséquilibre qu’on y constate n’est-il pas avant toutes choses le déséquilibre de nos esprits ? Bancals. On ne pense pas, on ne fait pas usage de sa pensée, on ne s’approprie pas le langage ; quelqu’un jette un os et on se précipite dessus pour le ronger. Certains s’y prennent mieux que d’autres, mais ils ne pensent pas ne parlent pas pour autant, non non non, ils grognent bavent mordent lèchent crachent montrent les dents tirent la langue donnent des coups aboient remuent la queue, mais ce n’est pas du langage, rien du tout, on ne décèle que des traces de pensée, résidus, des restes de ce qu’on a peut-être appris, mais avec le temps on a fini par en perdre l’usage — on se bat, on ne réfléchit pas. Ce matin quand je suis allé courir le vent soufflait si fort que j’avais quelquefois l’impression de ne plus avancer et avec la pluie ensuite je me suis demandé par moments ce que je faisais là si je ne serais pas mieux ailleurs que là battu par la pluie et le vent qui de toute façon sont plus forts que moi ce n’est pas si difficile que ça mais non je n’aurais pas mieux été ailleurs. Quand je suis rentré à la maison une heure et quelque plus tard, la énième polémique a achevé de me convaincre qu’il fait toujours meilleur dehors, on est toujours mieux à l’air libre qu’enfermé, dedans on moisit plus vite qu’on ne le croit, quand on se regarde dans le miroir on ne voit pas la couleur verdâtre des idées, on se dit oh ça va je ne suis pas si vieux que ça tant que ça ne se voit pas ce n’est pas si grave que ça mais si mais si si ça ne se voit pas ça se sent, comme une odeur d’humidité étouffée, une serviette qui a mal séché, quand tu baignes dedans tu ne la sens plus, l’odeur, mais ça pue, j’avais un ami, quand j’étais étudiant en philosophie, qui vivait dans un petit appartement et faisait sécher ses serviettes et son linge à l’intérieur, dans la salle de bains, je sais que c’est là qu’il faisait sécher son linge, et ça sentait l’humidité renfermée, mais il ne s’en rendait pas compte, moi oui qui venait du dehors et y retournait et je sentais ma peau imprégnée de cette odeur quand il m’arrivait par exemple de me sécher avec une de ses serviettes, l’odeur tenace on la perçoit quand elle n’est que ponctuelle, quand elle est continue, elle devient diffuse et on ne la sent plus mais si on ne la sent plus cela signifie pas pour autant que ça ne sent plus non, au contraire, même, comme on ne sent plus l’odeur, on n’y fait plus attention et c’est de pire en pire, on aère de moins en moins, plus aussi souvent qu’il ne le faudrait, et puis on n’aère plus du tout, et la peau commence à être tout entière gagnée par cette odeur et cette couleur passée qui bave jaunâtre verdâtre couleur de serviette humide sale et qui traîne et soi-même on n’est bientôt plus qu’un peu d’humidité. Gangrène. Ce n’est pas qu’esthétique. Comme toujours, il y a une affaire éthique dans ces histoires de senteurs, de couleurs. Laquelle ? Quelqu’un vient, ouvre grand les fenêtres, et adieu. C’est qu’il était temps. Qu’est-ce que je peux être moralisateur parfois.

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14.10.18

Ce matin, j’ai marché dans Marseille, et c’était bien. De la maison jusqu’à la plage de la Pointe Rouge et retour en faisant un détour et des photographies de ce que je voyais tout autour de moi, et c’était bien. Un peu plus de 7 kilomètres et demi en tout. Je sais que j’ai mesuré la distance parce que je savais que j’avais besoin de penser me dépenser, on dirait le slogan d’une publicité non ? de sortir, de prendre l’air, pour ne pas devenir complètement fou. Mais le problème, c’est que je le suis déjà. C’était bien parce qu’en marchant, je me suis dit heureusement que j’habite à Marseille. En un an, à peu près toutes les personnes en qui j’avais confiance m’ont laissé tomber et, si j’avais encore vécu à Paris, je ne l’aurais pas supporté. Oh, bien sûr, oui bien sûr, cette ville-ci est insupportable par tellement d’aspects qu’il ne sert à rien de les énumérer, enfin pour moi cela ne sert à rien étant donné que fondamentalement c’est faux, mais cette ville-ci, je l’aime, c’est comme ça, je n’y peux rien. Et c’est très bien, en fait, non ? Enfin, moi je trouve que c’est très bien. Sortir marcher jusqu’à la mer et retour, ce n’était pas pour moi le moyen de trouver une bonne occasion de plus de me plaindre de tous les maux qui m’accablent, même pas de m’en débarrasser, non, je voulais simplement prendre l’air et quand je suis arrivé sur la plage de la Pointe Rouge et que j’ai regardé la mer et que j’ai regardé le ciel d’automne dans le ciel de Marseille et que j’ai admiré ce sublime contrejour du soleil que des nuages voilent, j’ai trouvé ce paysage-ci tellement beau que je n’avais plus rien à dire de plus, plus aucune raison de me plaindre de plus, plus aucune raison du tout. Heureusement que je vis ici, me suis-je fait remarquer. Et même si je pense beaucoup à Dublin en ce moment, Ulysses oblige, et même si je sais d’expérience que Dublin est une ville où je me sentirais bien vivre, le temps ici, un dimanche matin un peu nuageux, avec beaucoup de vent et un chaud-froid-sec-humide en guise d’atmosphère, parfait la vie. Il y avait bien ce mec beaucoup trop musclé qui sortait de l’eau avec ce petit slip de bain beaucoup trop petit mais si je l’ai vu, certes, je suis observateur, je n’y peux rien, je vois je vois je scrute j’observe, en le croisant, je ne lui ai pas fait le plaisir d’un regard que j’ai détourné vers la mer. C’est quand même beaucoup plus intéressant. J’ai marché le long du qu’est-ce que je disais déjà ? je ne sais plus Daphné belle enfant d’ans trois m’a interrompu littoral et puis une petite boucle pour prendre derrière le lion rouge l’avenue Joseph Vidal qui parallèle l’avenue de la Pointe rouge avant de bifurquer pour ramener vers Bonneveine, écart vers l’église dont les cloches sonnaient et dont le parking ne se remplissait pas pas assez de vieux pour aller à la messe, j’ai emprunté une traverse qui ne traversait rien n’en était pas une donc mais c’est moi qui l’ai appelée traverse pas le cadastre, il y avait des gens en vélo qui faisaient un course pour pour je ne sais pas pour quoi, j’avais chaud, j’ai transpiré, mais l’air était frais, chaud-froid de l’automne sec-humide, j’aime ce temps aussi, j’aime tous les temps des matins comme ce matin. Est-ce que tu vis quelque chose pour l’écrire ? Est-ce qu’il faut vivre quelque chose pour écrire ? Est-ce qu’il faut avoir quelque chose à écrire pour le vivre ? Pourquoi écrire et vivre seraient-ils distincts ? J’ai toujours dit j’écris comme je respire et ce matin, j’avais besoin d’air — écrire et marcher 2 en 1.

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13.10.18

Pas grand-chose à raconter ces derniers temps. Tellement la migraine que j’ai vomi le matin. C’était mardi. Nelly venait de partir pour Paris. Je n’avais jamais ressenti ça. Je ne sais pas si c’est l’orage de la veille et l’ampoule qui rend l’âme et le flash de l’autre ampoule que tu allumes dans le couloir pour compenser, aura visuelle, spectaculaire auraculaire, ou la lecture de Ulysses de Joyce, qui occupe le plus clair de mes journées autrement désœuvrées, je ne sais pas — les deux peut-être. Peut-être les deux, oui. Climatologie de l’esprit. Ulysses. Se perdre dans quelque chose qui te dépasse complètement, se noyer dans la langue de l’autre comme on ne pourrait pas se noyer dans un fleuve, la Liffey, disons la Liffey, parce que dans la langue c’est affaire de respiration, de rythme, de ne plus rien comprendre du tout, pas de surnager, surtout pas, de plonger entier, couler à pic, centaines de voix qui se croisent et au milieu desquelles le lecteur n’est pas certain de trouver sa place, ni même en vérité d’en avoir une. Qui te dit que tu es le bienvenu ? Pourquoi faudrait-il que tu sois le bienvenu ? Pas grand-chose à raconter, non : ne faut-il pas une chance que ce soit entendu pour dire quelque chose ? Parler dans le vide, est-ce encore parler ? Tellement pas en phase avec le monde que le bec est cloué, mutisme obligé, débats qui semblent stériles, insapides. Nuls (en un mot, il suffit). Mais pas envie de jouer au vieil acariâtre, ah ça non, les cheveux blancs suffisent à accabler la pauvre chose pensante que je suis de vieillesse. Mais quand même, guerre des sexes races religions et caetera, pas de place pour l’esprit, enfin pas le mien, les curés ont tombé la soutane mais ils règnent sur les âmes perdues au monde, décréteurs de moralité, pas manger les animaux, apôtres chevelus ou calvites de la fin du monde, gare au temps qu’il fait, de plus en plus chaud, bientôt la terre fondra, tâcherons du cataclysme, diseurs de mésaventures, pitres de l’apocalypse, bonimenteurs de vérité, toujours quelque chose à sauver, la planète désormais comme l’âme jadis, l’âme s’est extériorisée, dedans dehors, c’est tout, mais c’est la même rengaine, repentez ! recyclez ! création continuée de la culpabilité. En fait, trop de choses à dire, mais pas de place pour ça. Personne pour entendre. Quelques oreilles de-ci de-là et puis quoi ? désert surpeuplé, marmaille. Autant la fermer. Sauf que ce serait trop bête. Non que je croie qu’on entendra un jour — et ce serait quand, ce jour, en fait ? on part sur un jeudi ou vous préférez plutôt le week-end ? —, mais s’il faut céder tout le temps la parole, autant s’avouer vaincu. Dans le cul. De toute façon, quel esprit sain s’aventurerait à la télé ? autant livrer sa tête sur un plateau, non, plutôt crever. Au lieu de quoi, pas envie de mourir, même parler au mur, c’est mieux. Les mots résonnent dans le silence. N’est-ce pas le meilleur écho qu’ils puissent recevoir ?

742910 ces signes compris.

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