La perspective s’éloigne de plus en plus, mais que puis-je faire, sinon continuer ? Arrivera un moment quand je ne pourrai plus continuer, et alors, ce sera fini pour moi. En attendant, je fais ce que je fais. J’expose mes doutes dans leur plus parfaite nudité, j’essaie d’être honnête, avec moi-même au moins, ce n’est pas grand-chose, j’en conviens, mais c’est ce qu’il y a de plus digne, de plus humain. Le reste s’achète, se vend, on sait trop bien quoi en faire. N’est-ce pas le problème ? Nous n’avons pas besoin de choses dont nous savons quoi faire, pour lesquelles il y a déjà un usage, nous avons besoin de nouveaux usages des choses, ou de nouvelles choses pour en faire bon usage. Comment se fait-il alors que tout le monde semble convaincu du contraire. Ou, à défaut d’en être convaincu, que tout le monde se contente du contraire ? N’est-ce pas ce qu’il y a de plus étrange ? Le sentiment que j’ai, c’est comme poser la question la plus simple qui soit, et ne pas avoir de réponse toute faite. Les réponses toutes faites sont humiliantes. Ne trouves-tu pas ? Et, oh oui, je sais que je suis tout seul dans mon petit coin, dans un isolement presque parfait, presque muet, et ne crois pas que cela non plus ne m’épuise pas, mais que puis-je faire d’autre ? Parfois, c’est comme si je n’avais pas d’autre idée, comme si j’étais tout à fait incapable d’avoir une autre idée que cette idée absurde : écrire, et ce, c’est ce que je veux dire, et ce, alors que la place est déjà prise, toute la place est prise, toutes les places sont prises, la première, et puis toutes les autres jusqu’à la dernière, qui n’est même pas la mienne, je n’ai pas de place, je ne suis même pas tout en bas de l’échelle des places, non, je suis à côté, et je n’essaie même pas de monter. Souviens-toi de l’histoire de la carte (28.I.26 : Mappemonde). Inspirée de l’architecture de Frank Lloyd Wright, la maison de Claude Petton à Plougastel-Daoulas (1973) semble se cacher dans le paysage, on ne sait pas si elle y a disparu, ou si elle a poussé comme un plante, un rocher, un animal. Pourtant, quand on regarde sur une carte où elle se trouve, à proximité de la Nationale et du Pont de l’Iroise, sur la route qui conduit à Brest, l’environnement n’est pas sauvage. On a l’impression pourtant qu’elle est dans les bois (les photographies, du moins, donnent cette impression) — la frontière entre l’intérieur et l’extérieur se dissout dans la lumière —, et la mer n’est pas loin.










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