Je me sens mieux aujourd’hui. Ne me manquaient peut-être que quelques heures de sommeil, ou alors je suis complètement fou. Me manquent sans doute encore quelques heures de sommeil, et je suis complètement fou. Ce matin, je suis allé courir 5 kilomètres, assez vite (5:02 min/km), ce qui porte mon total depuis le début de la semaine à 21 kilomètres de course (8+8+5). Je prévois de recommencer demain et après-demain (les 8 km à une allure plus modérée qu’aujourd’hui). Mais ce matin, j’ai eu l’impression qu’il y avait un élan, et cet élan, je l’ai trouvé agréable, comme si j’étais porté, comme si je n’étais pas obligé de me tirer, de me traîner, de me faire violence pour exister. Et c’était agréable de ressentir quelque chose d’agréable, agréable², agréable d’avoir la sensation d’être en train de bien faire quelque chose au lieu de sans cesse me dire que ça ne va pas, que je ne vais pas bien, que je suis malade, que je vais mourir, que je suis un écrivain raté, que ma vie est un échec, et ainsi de suite. Ce n’est pas que je ne croie plus à ce genre de choses, à ce que j’ai dit hier, c’est que ces pensées ne sont plus aussi sensibles, ne sont plus les plus sensibles, aujourd’hui, qu’il y en a d’autres qui le sont plus, et qui me tirent un peu plus vers le haut. Objectivement, rien n’a changé par rapport à hier. Mais le problème n’est pas un problème d’objectivité ou de non-objectivité. Ce n’est pas non plus un problème de subjectivité. Alors, de quoi est-ce un problème ? Et s’il n’y avait pas de problème, et s’il fallait tout accepter, ou ne rien accepter du tout, simplement laisser les choses être : n’est-ce pas étrange que, ne croyant pas au binarisme du succès vs. l’échec, je m’y soumette quand même ? Mais ce n’est pas la bonne question : le binarisme du succès vs. l’échec, c’est le monde social dans lequel je vis qui m’y soumet, la bonne question dès lors est de savoir comment faire pour la démettre, cette soumission, m’en défaire, comment exister indépendamment du monde social, puisque c’est la seule façon à peu près sincère, j’allais dire « authentique », c’est le mot qu’il faudrait employer s’il n’était pas chargé de signification, disons plutôt donc « pas tout à fait insincère, non » de vivre. Je sais que, parfois, je voudrais simplement être comme tout le monde et que, s’il se trouve que je suis un peu trop fatigué à ce moment-là, je peux être tenté de succomber à l’ambiantisme du comme-tout-le-monde, mais c’est en pure perte, la page d’hier en témoigne avec tout son ridicule et son pathétique, et je sens bien que — outre la mort qui m’attend, comme tout le monde —, cette voie, c’est déjà la mort dans la vie même.










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