Un rêve et deux fragments de rêve me restent de cette nuit. Cette fois encore, je les ai notés dans l’application en attendant de les recopier dans le carnet de mes rêves. Déjà, je m’inquiète : rêverai-je toujours comme je le fais ici quand je serai de retour à Paris ? La triple hypothèse que j’ai évoquée hier — nuit noire, silence et, donc, nulle nécessité de porter des bouchons d’oreille pour trouver le sommeil — me semble la bonne. Le matelas sur lequel je dors est étonnamment mou. J’ai toujours vécu avec la conviction qu’un matelas dur était indispensable à une bonne nuit de sommeil. Et pourtant, me couchant, j’ai l’impression de m’enfoncer dans le lit, de sombrer dans le sommeil, d’être enveloppé par la nuit. Peut-être s’agit-il surtout d’une question d’état d’esprit. Ici, rien ne me pèse comme à Paris ; je me sens léger. Mais qu’est-ce qui me pèse, à Paris ? La ville, à elle seule, est-ce elle ? Je ne sais pas : j’ai commencé à écrire des phrases à ce sujet, et puis, je les ai effacées, je n’avais pas envie d’y penser. Je suis de passage, seulement de passage, et je n’ai pas envie d’être ailleurs. Tout à l’heure, sur les rochers qui borde la Doue (la rivière qui coule à Saint-Estèphe), le chapelet du diable (c’est le nom que la légende a donné à cette théorie de roches granitiques) avait des allures de jardin d’Éden. On pouvait même s’y tremper les pieds. Je regardais l’enfant, de moins en moins enfant, y jouer avec bonheur et simplicité. C’est bien peu, ce qu’il faut pour être heureux, et toutefois, c’est si fragile. Banalités ? Oui, en effet, mais il serait vain de chercher à toujours être profond ; — vain, et surtout faux. Je ne feins pas le réel, je ne fais pas semblant : je sais qu’il est ceci (la beauté, la simplicité, les nuages dans le ciel qui passent et les éclaircies qui réchauffent le cœur, l’amour, la bonne chère) et qu’il est cela (la laideur, la fausse sophistication, le gris du bitume, la haine qui endurcit les mœurs, les mauvais goûts qui empestent l’air que l’on respire quand même pour survivre), qu’il n’est pas ou bien l’un ou bien l’autre, et qu’il ne s’agit donc pas de voir ceci et de refuser de voir cela, mais pas plus qu’on ne peut nier cela parce que ceci on ne peut nier ceci parce que cela, la vie est vaste, immense, je ne peux pas l’embrasser toute à la fois, et que je puisse la haïr ne signifie pas que je ne puisse pas l’aimer, et que je puisse l’aimer ne signifie pas que je ne puisse pas la haïr. Je ne suis pas une moitié, je suis un être humain tout entier.










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