Mal dormi. Mais, à un moment de la nuit, quelque chose m’est apparu avec une grande clarté. Je ne sais quelle heure il était — je me suis bien gardé de consulter quelque horloge que ce soit — quand un plan pour la suite de de la profondeur des crânes s’est présenté à moi, n’ayant plus besoin de ne rien faire, comme je m’imaginais que je le devais absolument pour être dans le vrai (prendre tel chemin pour aller de là à là, ce qui n’eût été, je ne l’ai compris que ce matin, au réveil un peu tardif, qu’une forme de plus de tourisme), jusqu’à présent, ne rien faire que laisser s’enchaîner tous les éléments dont je dispose déjà de la façon la plus spontanée qui soit. Ce plan, je l’ai mis en forme, très sommaire, ce matin, dans mon cahier au bison rouge : a —> b —> c —> d, comme cela, sous forme de syntagmes reliés entre eux par des flèches. Plus tard, après être revenu de la plage du Mourillon, où nous sommes allés, Daphné et moi, j’ai écrit les deux mille premiers signes et quelque du petit a avec une simplicité qui m’a semblé déconcertante quand j’avais eu tant de mal à avancer dans ce massif d’idées, de références, d’horizons, ces derniers temps. Je n’ai pas besoin d’être dans le vrai, me suis-je dit, je n’ai pas besoin d’y aller, tout est déjà là. Point n’est besoin d’ajouter quoi que ce soit encore, tout ce dont je dispose déjà est suffisant. C’est-à-dire : j’ai moins besoin de faire quelque chose de plus — comme une contrainte supplémentaire, par exigence de réalisme, l’écriture ne doit jamais se confondre avec le journalisme — que de faire quelque chose de moins, et d’écrire avec le plus de liberté possible. Et, sans me libérer de mon propos, le laisser libre. Pourtant, quand on considère les choses froidement, cette nuit, je n’ai fait que tourner dans mon lit en attendant de trouver enfin le sommeil. Mais, si on les considère vraiment, ces choses, on verra que j’ai voyagé, que je ne me suis pas contenté de me plaindre parce que je ne trouvais pas le sommeil, parce que j’avais chaud, parce que j’avais froid, parce que je ne me sentais pas bien, parce que je ressentais une gène ici, une autre gène là, et encore une autre ailleurs, mais je suis parti loin d’où je me trouvais allongé pour en rapporter une solution à mon problème, problème que je n’ai pas eu conscience de me poser, ni cette nuit ni les jours précédents, mais qui était là, tout de même, attendant sa résolution, ou plutôt : sa dissolution. Car, si j’ai rapporté une solution, je n’ai pas apporté de solution, j’ai bien plutôt dissous le problème dans l’écriture. Il suffisait de fermer les yeux et de suivre le chemin, le trajet, le parcours, le passage. C’est simple, non ? Non. Et oui, aussi. Donc, non, ce n’est pas simple, mais c’est très bien ainsi.









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