L’idée que ce soit la vie — ou que telle soit la formule qui nous vienne à la bouche — est un peu triviale, mais guère plus que ne l’est une vérité à laquelle on s’est habitué, avec laquelle on a appris à vivre, que cela nous plaise ou non. « C’est la vie » ne dit sans doute rien d’autre : c’est, que cela me plaise ou non. On voit où l’être se situe réellement, au plus bas de l’échelle de l’intérêt que nous portons aux phénomènes, aux choses, à l’existence. Que des siècles de philosophie ait pu y être consacré a de quoi, en effet, nous étonner. Était-ce, à l’origine, une manière d’être humble, de s’incliner devant ce qui se dresse devant nous, non à la manière de la statue dans le temple, mais à la manière du brin d’herbe, du temps qui passe, du nuage dans le ciel ? Que sont toutes ces choses qui sont ? Et nous ? Pour les premières, on ne sait pas (le saura-t-on jamais ?). Mais, pour nous — n’est-ce pas l’évidence la plus cruelle ? —, pas grand-chose. Plus que des traités immenses et des arbres de diarèse, on sent la nécessité pour parler des choses d’une prose qui ne démontre pas, mais qui raconte, qui décrit avec la plus grande économie de moyens possibles les phénomènes, les sentiments qu’ils nous inspirent, ce qui se présente à nous, ce qui nous échappe. Une prose qui ne soit pas absente, mais où le sujet ne s’impose pas avec la lourdeur de la certitude, le poids de la découverte. Il y a une légèreté qui est le plus précis, le plus précieux de nos outils. Une prose qui ne soit pas enfermée — cela ne signifie pas qu’elle soit exubérante, qu’elle doive brosser des fresques immenses — mais qui, sans se confondre avec, sache épouser un paysage, un climat, une atmosphère, un sentiment, une idée qui soudain nous paraît claire. L’idée, peut-être, est-ce quand elle nous vient qu’elle est la plus claire. Et non quand nous l’avons, mais quand elle nous arrive d’on ne sait où, on ne sait ni comment ni pourquoi. Et peut-être l’effort le plus considérable à faire est-il l’effort le plus minimal : être là. Mais le verbe ne convient pas qui dit être : il ne s’agit pas d’être, il ne s’agit pas de présence (Toute présence ne laisse-t-elle pas des traces de son passage ? Or, ce ne sont pas des traces que nous voulons, c’est le passage, tâcher de le comprendre, du moins.), il s’agit d’attention, laquelle peut se comprendre, oui, de temps à autre, comme un effacement. N’est-ce pas cela, aussi, la vie ?










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