trois février deux mille vingt-trois

Qu’est-ce qu’accomplir quelque chose ? J’ai passé une bonne partie de la journée à remettre en état ma vieille Gibson. Et si, en effet, non, tout ne peut pas constituer une expérience d’une ampleur métaphysique, d’une profondeur existentielle, pour moi, le faire, ce n’était pas rien non plus. À quel moment de l’opération me suis-je  ainsi souvenu que mon père me criait dessus quand j’étais jeune parce que, d’après lui, je passais trop de temps sur ma guitare ? « Il a une guitare à la place du tromblon », hurlait-il dans son langage fleuri, avant d’entrer dans ma chambre pour m’interrompre et m’interdire de continuer à jouer. Tant d’années après, j’en garde  encore un souvenir où se mêlent la terreur et la rancœur. Combien de possibles sont-ils détruits de la sorte, à jamais jetés dans le néant ? Ce n’est pas que je lui en veuille particulièrement — qui n’a pas haï, à un moment ou un autre de son existence, les parents qui l’ont mis au monde ? —, bien sûr, que je lui en veux encore, que je lui en voudrai toujours, tout à l’heure quand je l’appellerai, toutefois, je lui parlerai d’autre chose, parce que, que je l’aie voulu ou non, je suis passé à autre chose, ce n’est pas cela qui importe, non, ce qui importe, c’est qu’en m’attachant à remettre en état cette vieille Gibson, j’avais l’impression de retrouver un moi depuis longtemps disparu. Et peut-être, est-ce elle, la raison pour laquelle j’ai longtemps abandonné cette guitare, pour oublier ce moi sur lequel son père criait pour qu’il arrête de jouer. Je ne suis pas un meilleur père que lui, ce n’est pas ce que je cherche à dire, j’ai cherché à retrouver ce moi perdu et dont quelque trace se trouvait dans ce sublime objet. Cette guitare, je l’ai détestée, parce qu’elle me rappelait ce moi que je n’aimais pas, qui n’était pas comme il fallait, qui ne correspondait au moi que je pensais qu’il fallait que je devienne, qu’il fallait que je m’efforce d’être. Pourquoi est-ce que, aujourd’hui, il me semble que je puis accueillir cet ancien moi dans un nouveau moi qui n’est plus le moi que j’étais hier encore ? Pourquoi me semble-t-il que je puis non me réconcilier, non faire la paix avec lui, ce moi est mort, détruit depuis longtemps par les cris et les années qui, couche après couche, se sont déposées sur lui, mais m’en souvenir sans le haïr, le redécouvrir, sentir les choses qu’il sentait quand, au désespoir paternel,il jouait de la guitare ? Je pense beaucoup à tout cela ce ce moment. Les phrases que j’ai consacrées au blues il y a quelques jours, musique que j’ai tant aimée, tant jouée, ces phrases ne sont pas étrangères à cet ensemble de réflexions, narcissiques, j’en conviens, mais comment faire l’économie du narcissisme ? Le blues n’est pas un genre musical, c’est un sentiment face à la vie. Sous d’autres latitudes, en d’autres temps, un poète français pouvait appeler cela le spleen. C’est la même attitude face à la vie qui se dit de manières différentes selon qu’on est analphabète ou trop lettré, anywhere out of this world. Le blues chante que tout pourrait être parfait, que nous pourrions vivre dans le meilleur des mondes possibles, mais qu’il se trouve que ce n’est pas le cas. Simplement, il ne le dit pas en se plaignant d’être pauvre, d’être un esclave exploité dans les champs de coton, en hurlant sa haine du blanc dont la domination l’humilie, lui à cause de qui il vaut moins qu’un chien, mais en parlant d’amour, d’amour impossible, d’amour illicite, d’amour viril, d’amour perdu, d’amour déçu, d’amour cocu. Got my mojo working, but it just don’t work on you, chante Muddy Waters, bluesman analphabète du Mississippi : j’ai tout ce dont un homme peut rêver, tout, mais la seule chose qui me rendrait vraiment heureux, cette simple chose-là, je ne l’ai pas. Le blues est la complainte utopique de qui ne se résigne pas à la seule expérience défigurée et fausse que le monde l’autorise à faire et dont chaque mot, chaque note de guitare, sans une nuance de politique — car c’est la politique qui nous a mis là —, porte l’espoir révolutionnaire d’un monde meilleur.

deux février deux mille vingt-trois

Aïe aïe aïe, j’ai mal, me lamentais-je, à quatre pattes sur mon tapis d’exercice, Aladin égaré au royaume de l’hygiène. Aïe aïe aïe, j’ai mal, me lamentais-je alors que, après être allé courir, j’achevais ma quatrième séquence de gainage. Aïe aïe aïe, j’ai mal, me lamentais-je, probablement parce qu’il m’en restait une cinquième à faire. Qui avait bien pu décider qu’il en serait ainsi ? Eh bien, nul autre que moi-même. Aïe aïe aïe, j’ai mal, dirai-je pour la dernière fois que je me lamentais quand je me suis souvenu de cette objection que je m’étais faite hier, tout de suite après avoir mis ce que j’imaginais être le point final à mon journal : si la mission qui est la sienne, l’écrivain est désormais incapable de l’accomplir, alors pourquoi est-ce que j’écris encore — pour passer le temps ? Si tout est fini, à quoi bon continuer ? C’est vrai, me suis-je fait remarquer, et je ne puis pas exclure que c’était cela et pas seulement le gainage qui me faisait me lamenter, aïe aïe aïe, que j’avais mal, c’est vrai, pour qui commence quelque chose, se trouve heureux de le faire, envisage de manière confuse tout d’abord et puis de plus en plus distincte ensuite d’y consacrer sa vie, avant d’y consacrer effectivement sa vie, s’apercevoir que c’est en vain parce que la seule tâche que nous pourrions accomplir ce faisant n’est pas en notre pouvoir, la tentation est grande de jeter un voile d’obscurité sur la réalité afin de la masquer et de continuer, tranquillement, comme si cela n’avait pas quelque chose de fondamentalement coupable, ce qu’on avait entrepris de faire. Mais toi, me suis-je dit ensuite, toi qui ne peux pas vivre sans déchirer le voile, comment continueras-tu malgré la conclusion que tu viens de tirer ? Les phrases que j’ai écrites hier, j’avais l’intention de les intégrer au projet Paris, où elles seraient modifiées mais prendraient place comme une partie de l’ensemble, car c’est à vrai dire leur place, mais le faire, continuer comme si le problème n’existait pas, comme si toutes les questions qu’il implique ne se posaient pas, n’est-ce pas précisément cela, le piège de l’histoire que pointe Walter Benjamin dans le passage de l’exposé de 1939 de « Paris, capitale du XIXe siècle » que j’ai pris en note hier : si l’on s’est rendu au marché, croire que l’on continue de s’y promener, croire qu’on est libre alors qu’on est aliéné, c’est précisément cela, la fausse conscience ? Dans un passage de l’exposé de 1935 que j’avais noté le jour précédent, Benjamin souligne ce qui est la grande force du capitalisme (ce que j’avais déjà remarqué, pour ma part, sous une forme quelque peu différente, la différence tenant peut-être au vocabulaire marxiste qu’emploie Benjamin, en disant que le capitalisme rend heureux) : « Les expositions universelles transfigurent la valeur d’échange des marchandises. Elles créent un cadre où la valeur d’usage passe au second plan. Elles inaugurent une fantasmagorie où l’homme pénètre pour se laisser distraire. L’industrie du divertissement l’y aide en l’élevant à la hauteur de la marchandise. Il s’abandonne aux manipulations de cette industrie grâce à la jouissance que lui procure son aliénation, par rapport à lui-même et par rapport aux autres. » Cette idée est d’une importance qu’on sous-estime, quand on ne l’ignore pas tout simplement : l’humanité jouit de son aliénation — c’est la grande force, presque sa toute-puissance, du capitalisme. Car, en effet, pour montrer que la jouissance est une fantasmagorie, la transfiguration par l’industrie du divertissement de l’aliénation en jouissance, ou que le bonheur que nous procure le capitalisme est illusoire, il faudrait sortir de notre expérience et la comparer à quelque chose qui  en serait comme le mètre-étalon, il faudrait pouvoir sortir de notre schème conceptuel pour le mesurer à un autre qui nous révélerait la vraie nature des choses. Or, précisément, c’est cela qui est impossible : nous ne pouvons pas sortir de notre expérience, nous ne pouvons pas adopter une sorte de point divin du haut duquel, une fois déchiré le voile de l’illusion, les choses apparaissent telles qu’elles sont en elles-mêmes, pour revenir ensuite vivre en accord avec cette connaissance supérieure. Ou, pour le dire autrement, mieux : ce point de vue supérieur n’existe pas, nous n’avons rien d’autre que notre expérience, rien d’autre que les récits que nous faisons de nos expériences. Une fois que nous sommes parvenus à la conclusion que l’intelligence est vendue au marché, que l’aliénation nous fait jouir, que faire ? Comme il n’y a rien d’autre que cela, pas d’aune transcendante à laquelle rapporter notre expérience, que faire ? On peut raconter toutes les histoires qu’on veut, on voit bien qu’elles finissent par venir se fracasser contre l’écueil qu’exprime sur le ton de la déploration la question : que faire ? De l’autre côté du boulevard, un jeune homme à mèche brune sur son vélo pliable s’arrête le long du trottoir. En quelques gorgées, il finit de vider le contenu de sa canette jaune fluo, la pose sur le trottoir, repart. Comme si de rien n’était. Comme tout le monde.

premier février deux mille vingt-trois

Le moment charnière que Walter Benjamin décrit dans son exposé « Paris, capitale du XIXe siècle » (1939) où l’intelligence, en la personne du flâneur, se vend au marché, nous en vivons l’accomplissement total, sans reste aucun. La seule façon de ne pas céder au marché, c’est l’anonymat. Mais cet anonymat est invivable, qui condamne la pensée, l’art au néant immédiat. Benjamin a une expression lumineuse pour décrire ce phénomène, ce passage d’une époque à une autre qui s’opère selon lui à Paris au cours du XIXe siècle. Voici ce qu’il écrit : « Dans la personne du flâneur l’intelligence se familiarise avec le marché. Elle s’y rend, croyant y faire un tour ; en fait c’est déjà pour trouver preneur. » Elle s’y rend, écrit-il dans un jeu de mots qui fait tout le prix de sa prose : l’intelligence va au marché auquel elle se soumet. La soumission de l’intelligence au marché est, comme tout phénomène historique, irréversible. L’histoire ne revient pas en arrière, son progrès est une décadence, et réciproquement. Une fois rendue, une fois vendue, l’intelligence peut bien continuer à fonctionner, elle n’existe plus que comme auxiliaire du marché à qui elle fournit ses services comme autant de marchandises à monnayer. Là où le poète baudelairien révélait encore, dans la structure mouvante, la forme changeante de la ville, l’avancée du capital, l’avancée de la capitale, et le recul conséquent de l’individualité, l’écrivain d’aujourd’hui n’est guère plus qu’un guide touristique qui se paie des mots qu’il continue de vider du peu de sens qu’il leur reste encore. À la fin du dossier A de son livre des Passages, consacré aux passages, magasins de nouveautés, et autres calicots, Benjamin note : « La physionomie des passages apparaît chez Baudelaire dans une phrase du début du “Joueur généreux” : “Il me parut singulier que j’eusse pu passer si souvent à côté de ce prestigieux repaire sans en deviner l’entrée.” » En faisant du passage parisien, l’antre du diable, Walter Baudelaire (ou est-ce Charles Benjamin ?) n’associe pas seulement une valeur morale aux transformations que la ville subit, ce que « Le cygne » fait sur un ton élégiaque, il montre que le poète est l’arpenteur de la géographie infernale de la ville dont il explore les dédales maléfiques. « Observateur, flâneur, philosophe », écrit Baudelaire dans « Le peintre de la vie moderne », et l’association des trois termes, dans leur ordre logique, me semble-t-il, est l’éloquent exposé d’une méthode pour laquelle le spleen n’est pas pure lamentation autotélique, mais arme qui porte au cœur du mal. La passion, la fascination du mal ne condamne pas à la soumission, elle en révèle la nature et l’ampleur. L’ironie du sort de l’écrivain d’aujourd’hui, c’est que, conscient de cette mission de la littérature, il est toutefois incapable de l’accomplir ; quand même il le voudrait, il ne le pourrait pas. Dans le vide des mots qu’il vend au marché, il ne reste plus à l’écrivain que ses yeux pour pleurer.

trente et un janvier deux mille vingt-trois

Quand la révolution passa sous mes fenêtres, j’étais occupé à autre chose. La vieille dame, de l’autre côté du boulevard, au balcon de son cinquième étage, avait ouvert sa fenêtre, et elle se tenait là, son téléphone portable à la main, filmant le défilé qui passait sous ses fenêtres à elle aussi. Mais pourquoi ? Cela, je ne le saurai jamais et, sans doute, vaut-il mieux que je l’ignore. Quand la révolution passa sous mes fenêtres, je pensais à autre chose. Mais à quoi ? À ce que je ferais, probablement, si jamais la révolution venait à passer sous mes fenêtres. Quand la révolution passa sous mes fenêtres, je n’étais pas tout à fait là où je me tenais, mon esprit, comme on dit, mon esprit était ailleurs, et mes oreilles aussi. Que ferais-je si jamais la révolution passait sous mes fenêtres ? Quand la révolution passa sous mes fenêtres, j’étais en train de jouer une mélodie à la guitare, et le son de mes notes masquait le son des manifestants qui passaient sous mes fenêtres. J’avais les oreilles ailleurs, quelque part où moi-même, je crois, je ne suis pas. La musique porte ailleurs, ou alors elle est en pure perte. C’est étonnant, me dis-je à présent que je regarde le défilé des manifestants, c’est étonnant ce sentiment d’étrangeté sans cesse renouvelé. On se dit qu’un jour, un jour prochain, on finira par se sentir à sa place, mais non. L’autre jour, Nelly m’a adressé une sorte de reproche concernant mon journal, et c’est vrai qu’on doit pouvoir trouver que je suis trop négatif, que je suis trop critique et que, de ce point de vue, du point de qui juge que je suis trop négatif, trop critique, que je me plains, ou que sais-je ? de ce point de vue, donc, on peut trouver que je passe à côté de quelque chose, qui pourrait me donner du plaisir, si j’étais moins critique, si j’étais moins négatif, que je pourrais apprécier des choses que je n’apprécie pas en étant comme je suis, que je pourrais réussir dans la vie si je n’étais pas comme je suis, mais cela présuppose, et c’est assez étonnant quand on y pense, cela présuppose que je serais mieux si j’étais un autre que celui que je suis. Mais cet autre, je n’ai pas envie de l’être : l’idée qu’il faut surmonter son mal-être pour atteindre à un état de bien-être — ce qu’on appelle la résilience — me semble une escroquerie : les gens ne se sentent pas bien, ce n’est pas vrai, ils jettent le voile de la fausse conscience, que cette fausse conscience soit éthique ou chimique, cela ne fait guère de différence, ils jettent le voile de la fausse conscience sur la réalité et appellent cela, la vérité, le bien, la morale. Ce matin, une chercheuse expliquait dans le journal que la valeur morale faisait partie de la valeur artistique des œuvres de sorte que, par exemple, disait-elle, à cause de propos antisémites qu’on trouve dans le Marchand de Venise de Shakespeare, la valeur de l’œuvre en question s’en voit diminuée. Le plus affligeant dans ces circonlocutions confuses, ce n’était pas cette espèce d’arithmétique esthético-éthique (valeur esthétique – valeur éthique = valeur réelle de l’œuvre), mais bien que n’importe quel clampin s’estime à la hauteur pour juger de la qualité des écrits de celui qui est l’un des plus grands artistes de l’histoire de l’humanité. Au fond, comme tout se vaut, comme tout baigne dans un jus de moralité douceâtre, comme rien ne confère plus aucune valeur à rien, chacun est libre de dire son fait à n’importe qui, que ce soit un bédéiste dégénéré ou William Shakespeare en personne, c’est pareil : dans le grand supermarché de l’existence à l’ère du capitalisme tardif, tout se confond dans une indistinction désespérante, on peut régler son compte à Shakespeare en une demi-phrase,  au fond, ça ou un match de foot, on ne voit pas très bien où se trouve la différence ni pourquoi on se priverait de donner son avis, après tout, c’est cela, la démocratie. Que cela ne soit pas, non, la démocratie, que cela ne soit pas, non, la vraie vie, est-ce indicible ? Et pourtant, c’est notre présent ; — notre présent et notre avenir. Quand la révolution passera sous mes fenêtres, je serai en train de faire autre chose, c’est mieux.

trente janvier deux mille vingt-trois

Dans le système décadent du capitalisme tardif, l’achat d’un blue jean se mue inévitablement en odyssée métaphysique, plongée dans les abîmes de l’angoisse,  exploration des noires arcanes de la psyché, quête d’un sens à jamais perdu, lamentation sur la vie. Face au marché, nous sommes comme cet homme que chante Billy Gibbons dans sa vieille chanson et qui, croisant par hasard la femme de sa vie, retrouve alors ce blue jean qu’il croyait perdu : quelque chose nous a été pris qu’on ne veut pas nous rendre et c’est un autre que nous, dépourvu de la moindre morale, qui en jouit à nos dépends. Alors certes, nous vivons encore avec l’espoir qu’un jour nous pourrons reprendre ce qui nous appartenait naguère — c’est ce mince espoir d’ailleurs qui, débile rempart, nous empêche de commettre cet irréparable qui, seul pourtant, serait en mesure de réparer tous les torts qui nous ont été faits — mais, comme quiconque n’est pas définitivement privé de tout sentiment l’entend dans la voix accablée et les notes déchirantes du solo de guitare de Blue Jean Blues, cet espoir n’est que le résidu utopique d’une époque révolue. Ce jean qui, avec ses tâches d’huile et d’essence, était à ton image, ce jean ne t’appartient plus et, avec lui, c’est l’amour ainsi que toute possibilité d’une vie meilleure qui t’ont été ôté. La complainte est la dernière forme artistique susceptible d’authenticité ou, à défaut, du moins d’honnêteté. Qui s’en trouve agacé n’en nie pas la vérité, mais préfère à son déchirement, le voile que sa fausse conscience jette sur la réalité. Qui la singe n’est que le bouffon triste de l’injustice qu’on nous fait ; croyant en tirer profit, il n’en est que l’indigente victime. On accuse qui manifeste sa peine devant la perte du monde, qu’elle s’exprime dans la disparition trop facilement explicable d’un blue jean ou dans le constat que, toujours, nous sommes privés de nos droits les plus élémentaires à disposer de notre existence comme nous l’entendons, de se plaindre, de ne jamais être content, de ne pas se rendre compte de sa chance de vivre dans un tel pays, à une telle époque, plongeant la pointe de la culpabilité au plus profond de ce que l’individu a de plus intime, comme si ce dernier ne savait pas que ce sentiment terrible qui l’envahit et que n’apaise pas l’espoir que ce soit la femme de sa vie qui lui rapporte enfin sa paire de blue jeans est ce qui se tient au plus proche de la vérité. If I ever get back my blue jean / Lord, how happy could one man be / ‘Cause if I get back those blue jeans / You know, my baby be bringin’ ‘em home to me. Il y a une universalité dans l’espoir et dans la complainte qui l’exprime, une universalité de l’utopie qui est la dernière force à ne pas se résoudre au réel de la réalité qu’on nous présente comme unique alternative : il y a tant de mondes possibles, pourquoi ne serait-il pas réel, ce monde dans lequel je serai heureux ? Je pleure parce que je sais qui m’en empêche, il est là, aux bras de la femme de ma vie, qui porte mon vieux blue jean.

vingt-neuf janvier deux mille vingt-trois

À aucun moment de mon errance minuscule, hier au soir, dans la nuit froide, malgré la colère qui était la mienne, colère contre tout le monde, colère contre moi-même, je n’ai détesté Paris. À aucun moment, je n’ai trouvé Paris laide. Je m’en suis fait la remarque quand, sortant du marché aux fleurs, je suis passé devant la Sainte-Chapelle, je me suis aperçu que, contrairement à ce que j’avais fait maintes fois auparavant, cette colère, je ne la tournais pas contre la ville, je ne faisais pas de la ville de déversoir de mes aigreurs d’âme. Ce phénomène nouveau est-il lié à la théorie que j’ai développée il y a quelques jours et dont j’ai parlé hier, théorie d’après laquelle, le moi ne se situe pas à l’intérieur de soi, mais se trouve bien plutôt inscrit dans la ville — ce qui serait la preuve que, au contraire d’avant, je ne me déteste pas, je ne me déteste plus —, pourquoi cela serait-il impossible ? Il faisait froid, les rues n’étaient pas désertes, mais presque, et de plus en plus en tout cas, quand je suis sorti de chez moi, ai pris à gauche sur le boulevard du Montparnasse, continué sur le boulevard de Port-Royal, ai tourné à gauche sur le boulevard Saint-Marcel, à gauche sur le boulevard de l’Hôpital, où un policier en trottinette a fait la bise à un autre policier en faction, jusqu’au Jardin des Plantes devant lequel je suis passé, où un clochard se réchauffait dans cette étrange vapeur blanche qui sort d’une bouche d’aération et dont j’ignore la fonction, j’ai traversé la Seine par le pont d’Austerlitz, longé le bassin de l’Arsenal puis le Canal Saint-Martin par le boulevard de la Bastille, traversé la place du même nom, remonté la rue Saint-Antoine, poursuivi rue François Miron, suis passé derrière l’Église Saint-Gervais sans avoir au préalable salué les Couperin, ai pris à gauche rue de Lobau pour rejoindre le quai de l’Hôtel de Ville, ai traversé une sorte de rue hors de clous pour rejoindre le Quai de Gesvres, franchi la Seine en sens inverse par le pont Notre-Dame, ai traversé le marché aux oiseaux, le marché aux fleurs en prenant l’allée Célestin Hennion, ai traversé la place Louis Lépine jusqu’au boulevard du Palais non sans une certaine nostalgie en passant devant la Brasserie des deux Palais, maître comment s’appelait-il déjà ? impossible de m’en souvenir, ai franchi la Seine dans le même sens par le pont Saint-Michel, ai traversé la place du même nom jusqu’à la rue Saint-André-des-Arts, sans nostalgie en passant devant la rue Séguier, mais avec en passant devant chez Allard, continué rue de Buci, pris à droite rue de Bourbon le Château, ai souri en voyant Serge Aboukrat dans sa galerie à une heure si tardive, remarquant qu’il avait changé d’adresse puisque, quand je l’avais rencontré, sa galerie se trouvait encore rue de Furstemberg, c’était le seul qui, sans rien me promettre, rien que pour me rencontrer, m’avait reçu quand, arrivant à Paris, voulant travailler dans une galerie d’art, j’avais envoyé d’innombrables cv restés, tous moins un donc, lettres mortes, il ne se souvient certainement pas de moi, mais moi je me souviens de lui et je ne l’oublierai pas, ai remonté la rue de l’Abbaye jusqu’à la place Saint-Germain-des-Prés, traversé le boulevard Saint-Germain, remonté un bout de la rue de Rennes avant de prendre à droite rue Bernard Palissy, où j’ai remarqué que, même de nuit, les éditions de Minuit avaient de la gueule, que ce devait être agréable de pousser ces portes pour aller y travailler, si seulement ce n’était pas ce que c’est devenu, pris à gauche la rue du Dragon, traversé ce carrefour qui, je crois, n’a pas de nom pour remonter la rue du Cherche-Midi, traversé le boulevard Raspail, passant devant le Nimrod, j’ai vérifié en regardant par la vitre que le maître d’hôtel (est-ce ainsi qu’on dit ?) de nuit qui avait été gentil avec Daphné y était (oui), remonté la rue jusqu’au boulevard où, avant de tourner à gauche pour rentrer à la maison, je me suis souvenu que j’avais croisé Pascal Praud au Proxi service, me suis demandé ce qui allait remplacer Paringer, et suis rentré à la maison. Cette page, me dis-je à présent, doit faire partie, sous une forme légèrement modifiée, sans aucun doute, cette page du journal doit faire partie du projet Paris.

vingt-huit janvier deux mille vingt-trois

Le gris du ciel forme un à-plat uniforme où je puis projeter mes pensées, mes sentiments, mes désirs, mes peines, mes angoisses, que sais-je encore ? tout, tout moi, quoi. Sur la surface du ciel, c’est là que je pourrais écrire cette page et toutes les autres, c’est là que je pourrais dire qu’elles sont vraiment les miennes. Mon moi,  c’est ce que je veux dire, en effet, mon moi ne se trouve pas tant au-dedans de moi que là, au-dehors, partout où mes sens s’étendent. C’est la conclusion à laquelle, sous une forme un peu plus élaborée et plus élégante que celle que je viens de noter à l’instant, je crois, je suis parvenu il y a deux jours de cela. J’étais en train d’écrire un segment assez long d’un texte sur lequel je travaille depuis quelque temps sans vraiment savoir ce qu’il sera ni si même il sera quelque chose et, partant de tout à fait autre chose que cette manière de conclusion à laquelle je suis parvenu, je suis parvenu à cette idée, que je trouve belle, que j’aime. Ce que je suis, ce n’est pas au-dedans de moi que je l’inscris, que je le découvre, mais au-dehors, dans l’espace que j’habite. C’est cela, le sens du chez moi (cette dernière idée à laquelle je viens de parvenir à l’instant même), je me suis empressé de la noter à la suite de la séquence de l’autre jour. Après m’y être repris à plusieurs fois, j’étais parvenu à prendre une image photographique à peu près satisfaisante de ce que je voulais voir, moins pour le montrer, que pour le fixer, le fixer pour moi, en quelque sorte rendre extérieur un sentiment, une impression, et j’ai écrit cette séquence assez longue avec une idée précise de ce que je voulais écrire, idée dont, à mesure que j’avançais dans l’écriture, je n’avais de cesse de m’éloigner : ce n’est pas que je n’étais pas capable de dire ce que j’avais à dire, que le sens profond de ce que j’avais à dire était en train de m’échapper, mais que, ce que j’avais à dire, cela cédait la place à l’écriture qui inventait son propre sens, son propre sujet, sa propre vérité. Il n’y avait pas, ainsi, quelque chose qui précédait l’écriture et à quoi il fallait parvenir comme un tout dont tout est un fragment jusqu’à ce que, mais c’est impossible, on ait reconstitué le tout à force d’accumuler des fragments. L’écriture se manifestait pour ce qu’elle est : le sans précédent, qui s’invente et invente tout dans le moment de son accomplissement. Mais cela, je l’ai déjà dit, autrement, mais je l’ai déjà dit. Depuis la rue, en bas, me parviennent des bruits qui, sans me plaire, ne me dérangent pas, ils sont là comme tout ce qui existe, et puis je lève les yeux, et ce ciel d’un gris uniforme, opaque ou quasi, dont je ne vois que des morceaux découpés par les vitres, les immeubles, les cheminées, les antennes, ce ciel aveugle et indifférent sans aucune qualité esthétique que l’absence, ce ciel me semble sublime. Je m’y vois.

vingt-sept janvier deux mille vingt-trois

Devant le portrait inachevé de Madame Récamier peint par David en 1800, je me suis fait remarquer que, de nos jours, personne probablement ne se retournerait plus sur cette femme qui était considérée en son temps comme la plus belle d’Europe. « La plus belle d’Europe », c’est ce qui était écrit, je crois, sur le cartel à côté du tableau. D’Europe, c’est-à-dire du monde. Ainsi, va la beauté, qui passe comme tout ce qui s’est jamais tenu debout. Dans le musée, d’ailleurs, moi mis à part, pas grand-monde ne s’arrêtait devant le tableau. Autour de moi, jetant un œil circonspect, on ne sait jamais sur qui on peut tomber, j’ai cru voir principalement des gens gros, je veux dire : trop gros, de trop gros ventres, de trop grosses cuisses, de trop grosses perches à selfie, de trop gros appareils photo, de trop gros sacs à dos. Le matin, je m’étais satisfait de moi-même quand, enfilant mon pantalon, je m’étais aperçu que j’avais moins d’effort à faire, moins de ventre à rentrer, c’est-à-dire, pour parvenir à le boutonner. Je ne me suis pas réjoui outre mesure, conscient que j’étais et suis encore en ce moment de la distance à parcourir avant de correspondre à l’idée que je me fais de moi-même et que j’aimerais bien devenir, mais n’était-ce pas l’indice d’un progrès réel, physique et donc, c’est la suite logique, moral ? Dans le musée, je me suis encore rendu compte que de nombreuses salles étaient fermées, comme si ce haut lieu de la culture ne pouvait l’être qu’à moitié. J’avais envie d’aller voir le petit Daphné de Tiepolo mais une grille fermée, un peu comme celle d’une prison, m’en interdisait l’accès. Soudain, dans la grande salle où j’allais retourner admirer la fascinante sainte Apolline de Zubarán, la lumière s’est éteinte. Plongés dans le noir, les tableaux avaient l’air de fantômes prisonniers des murs, icônes humiliées devant qui n’a que quelques secondes à peine à leur consacrer. Des gens passaient, ainsi, promenant leur téléphone sur les œuvres qu’ils ne regardaient pas, occupés qu’ils étaient à les filmer. J’ai pensé à Stendhal et à son miroir, et puis j’ai rentré le ventre. Quant à Daphné, nous irons bientôt à Rome, admirer sa jumelle sous les doigts du Bernin.

vingt-six janvier deux mille vingt-trois

(Comment dire les choses le plus simplement possible ?) Ce que je préfère dans l’écriture, ce n’est pas d’arriver à écrire ce que j’avais envie d’écrire avant de me mettre à écrire, mais de parvenir quelque part où je n’avais pas l’intention d’aller, de me trouver écrivant en un lieu inconnu de moi, un lieu étranger, que j’explore et où je puis ensuite me sentir chez moi (ce qu’il n’était pas avant que je me mette à écrire puisque je ne le connaissais même pas). Certes, la précision dans l’expression, la formulation des phrases sont des conditions nécessaires pour parvenir à ce lieu-là, mais elles ne sont pas suffisantes, il faut que quelque chose d’imprévisible se produise. Pour écrire, il faut accepter cet imprévisible, il faut accepter la possibilité de la dérive, il faut donc accepter aussi la possibilité de l’échec, il faut avoir le moins de méthode possible, ou alors avoir toutes les méthodes possibles, ne rien s’interdire, ne rien s’imposer, écrire. Une des raisons pour lesquelles je n’aime pas les ateliers d’écriture, les cours de creative writing, ou je ne sais quoi d’autre, ce n’est pas parce qu’on y fait accroire à n’importe qui que tout le monde peut devenir écrivain, mais parce qu’on y apprend des méthodes, des trucs, on y fait des exercices comme, ailleurs, on fait des gammes. Or, la spécificité de l’écriture, sa particularité, sa singularité est que c’est et ce n’est pas un art. On n’apprend pas à écrire comme on apprend à jouer du piano, à peindre, à danser, que sais-je ? L’écriture comme pratique artistique se développe à l’intérieur d’un ensemble de compétences qui ne sont pas artistiques. D’où l’impression que tout le monde peut devenir écrivain (de fait, tout le monde est écrivain) et la croyance qu’en répétant un certain nombre d’exercices, en copiant un certain nombre de modèles, en réalisant un certain nombre de performances, on va devenir écrivain. En fait, comme la littérature est aussi un marché, les producteurs ont besoin de fournisseurs qui les alimentent en produits à mettre sur le marché. D’où le développement d’une filière, comme il y a une filière bois, une filière viande, pour fournir aux éditeurs des écrivains dont les productions correspondent aux attentes des consommateurs ou, du moins, à l’idée que les acteurs du marché du livre (propriétaires, éditeurs, distributeurs, libraires, représentants, journalistes, commentateurs, etc.) se font de ce qu’est un livre. L’écriture comme pratique artistique se développe à l’intérieur d’un ensemble de compétences qui ne sont pas artistiques, cela revient à dire que l’écrivain au sein de la langue est comme l’individu au sein de la société : il est comme tout le monde, il sait faire la même chose que tout le monde, et pourtant, il ne ressemble à personne d’autre, il est comme tout le monde, mais il est unique. La société, et tout particulièrement la société issue tardivement de la modernité, qui croit que tout est politique, tend à restreindre toujours plus la part de liberté dont jouit l’individu. Que tout soit politique signifie que je ne puis pas avoir de pensées privées, que tout est public, que je ne jouis plus d’un espace privé, coupé de la société, où je puis croire ce que je veux, où je puis développer ma singularité, exprimer toute ma bizarrerie. Quand tout est politique, tout est jugé à l’aune des morales qui ont cours au sein de la société. Or, pour qu’un artiste devienne un artiste, il faut qu’il puisse cultiver sa bizarrerie. Tous les gens bizarres ne sont pas des artistes. La plupart des gens bizarres ne sont que des gens bizarres. L’artiste est celui qui cultive sa bizarrerie au point d’en faire quelque chose d’original dont la forme tend à la perfection (ce n’est pas une définition, c’est une idée comme ça, en passant). Mais si l’individu n’est pas libre de cultiver sa bizarrerie, il n’y a plus d’artistes, il n’y a plus que des créatifs. Les assauts constants contre le génie (dépassé depuis longtemps), l’originalité (enterrée au siècle dernier), le talent (« vous n’êtes pas doué, vos parents sont riches », dit la sociologie ordinaire) sont la façon dont la société accule l’individu, le réduit à n’être qu’un accessoire dans le système de la politique. Dans un tel monde social, la Métamorphose de Kafka, un des récits les plus bizarres de la littérature mondiale et probablement l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, œuvre qui exprime la terreur d’un juif perdu dans une province de l’empire, devient impossible. Les règles transformées en nature du système condamnent a priori toute exception au nom de la défense de la morale, de la protection des faibles. Ainsi, non contents d’infantiliser les individus qu’on classe dans une interminable série de minorités normales à protéger, on punit la différence laquelle, loin d’être valorisée, est considérée comme dangereuse. L’emprise de la société est telle qu’elle ne laisse même plus le temps à l’œuvre issue de la bizarrerie de se faire (comme c’était encore le cas du temps de Kafka), elle en interdit la possibilité a priori. La théorie systémique place la faute en chaque individu d’où il faut l’extirper par l’éducation conçue comme résilience totale. Une fois privé de toute sa bizarrerie, l’individu est libre d’être créatif, de produire des marchandises en prise avec son temps, en phase avec le contemporain, qui édifieront les bons et dénonceront les méchants. Mais alors, d’art, il n’y en a plus, le nom même en devient suspect et, pour le conjurer, on l’humilie, on en affuble n’importe quoi, avant de le dénoncer au nom de normes sociales plus impérieuses et de l’abandonner dans le passé de son obsolescence. L’individu à qui l’on n’a de cesse de répéter qu’il est normal tremble d’effroi à la seule pensée de l’éternité d’ennui sans œuvres qu’on lui promet comme un éden toujours renouvelé. Leur paradis est mon enfer, pense-t-il, faisant un pli de plus où se cacher dans les volutes de son étrangeté.

vingt-cinq janvier deux mille vingt-trois

Horoscope du vingt-six janvier deux mille vingt-trois. Ce fruit est le secret miracle de Brigitte Macron pour prendre soin de sa peau et se maintenir en forme. Le noyau terrestre interne de la terre serait en train de changer de sens de rotation. L’Allemagne donne son feu vert à l’envoi de chars Léopard en Ukraine. Moi j’aime tout ici : un ephad sur le chemin de la bientraitance. L’éducation à la sexualité, un outil d’émancipation encore trop peu appliqué en France. ChatGPT lance un abonnement payant très cher et qui ne vous servira pas. Newcleo, la pépite européenne qui bouscule les codes du nucléaire. Puis-je être certain que ceci, ceci ou bien encore ceci (imaginons que je montre des choses du doigt tout en parlant cependant que, par exemple, je serais en train de marcher) subsistera encore après ma mort ? Et le faut-il seulement ? Tout à l’heure, en levant la tête, j’ai eu l’impression que la cime de la tour se perdait dans les nuages où elle s’apprêtait à disparaître. « Moi aussi, me suis-je dit, je m’apprête à disparaître », et je me suis demandé si ceci, ceci ou bien encore ceci subsisterait encore après ma mort ? Mais ce n’est pas vrai que je suis en train de disparaître, c’est simplement la fatigue qui pèse sur moi. Chaque nuit, après être allé au studio, quand même, comme hier, la séance ne serait pas très bonne, j’ai du mal à trouver le sommeil. Trop d’excitation, peut-être. Il me semble que j’ai déjà écrit cette phrase, mot à mot, mais je ne parviens pas à trouver, vérifiant rapidement, si c’est vrai ou si ce n’est qu’une impression. J’étais en train de marcher. Je regardais le ciel. Et je me disais que c’est un temps à neige. Mais, comme depuis plusieurs jours que dure ce temps à neige, il ne neige pas. Peut-être n’est-ce pas un temps à neige, peut-être que c’est un temps à neige mais que, tout simplement, il ne neige pas. Il n’y a pas d’explication à donner, pas d’explication supplémentaire à chercher. Au fond, nous savons tout, c’est ce que je me dis, et puis, croisant le visage défait de ce jeune homme à la terrasse du café juste en bas de chez moi, je pense que nous ne savons rien, que nous sommes accablés de douleur, de souffrance et que nous cherchons par tous les moyens à échapper à cette douleur, à cette souffrance quand il faut les affronter,  au contraire, aller jusqu’au bout d’elles, quitte à se détruire. Il faut aller au bout du malheur, de la tristesse, et rejeter toute forme de divertissement ; — c’est seulement alors que tu pourras espérer découvrir quelque chose. Le crois-tu vraiment ? Je ne le crois pas : je l’ai vécu. Pamela Anderson affirme que Tim Allen lui a montré son pénis lors d’un tournage. Dans une salle de traite, ce sont les détails qui font toute la différence. Guillaume Musso en tête des ventes pour la 12e année consécutive : comment expliquer ce succès ? Ne crois pas que rien n’ait de sens. C’est faux : c’est toi qui refuses le sens, c’est toi qui hais le sens, c’est toi qui chaque jour qu’il t’est donné de vivre humilie le sens et te réjouis, paradoxe de la tristesse, de cette humiliation. Allez, rigole à présent. Stage de jeûne : « Je suis partie parce que ça se passait mal pour moi. Mon amie est décédée trois jours après mon départ. » Une apocalypse quantique dès 2024 ? Les experts paniquent. Amandine Pellissard (Familles nombreuses) se lance dans le X : comment son mari a-t-il réagi ? L’animal que vous voyez en premier en dit long sur votre personnalité cachée. Pour cette chienne sénior pleine de vie et assoiffée d’aventures, le handicap n’a jamais été un frein. Énigme visuelle (très) difficile : Seuls les génies trouvent l’animal caché en 7 secondes. Allez-vous réussir ce défi ?