Ce numéro du Grand Échiquier est placé sous le signe de la langue française et de la francophonie. Enregistrée au château de Versailles, cette soirée présentée par Claire Chazal et Alex Vizorek mettra en valeur la chanson avec Etienne Daho, Véronique Sanson, Abd al Malik, Lynda Lemay et Yves Duteil, la littérature avec Tahar Ben Jelloun et Sophie Marceau, la danse avec Benjamin Millepied et Sadek Berrabau, et le suicide. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tout finit par paraître normal ? Pourquoi est-ce que tout semble parfaitement normal, tout vrai ? Parce que nous ne sommes plus capables de nous poser les questions les plus simples, les plus élémentaires, des questions primaires, des question comme pourquoi ? Ce n’est pas que je m’apprête à regarder cette émission, bien sûr que non, même si je le voulais, je ne le pourrais pas, je ne pourrais pas tenir devant, et alors, ne m’apprêtant pas à le faire, je pourrais me contenter de l’indifférence superbe de qui sait, de qui a compris, de qui voit, mais je crois qu’au fond de moi il y a toujours un romantique qui pense qu’on peut changer le monde parce que les gens ne sont pas mauvais, il suffirait de leur montrer le bien pour qu’ils l’embrassent, qu’ils l’aiment, et l’épousent. Au fond de moi, il y a aussi quelqu’un qui tapote sur l’épaule du romantique et lui dit avec sympathie : Mon pauvre vieux, ce ne doit pas être facile tous les jours d’être aussi con, et c’est vrai que ce n’est pas facile tous les jours d’être aussi con, non pas facile tous les jours, de ne pas pouvoir me tenir tranquille, j’étais à deux doigts d’y parvenir, pourtant, j’étais à deux doigts de ne pas écrire, je soufflais, me laissais tomber lourdement à plat ventre sur le lit, boudant comme l’enfant que je suis toujours : Mais, je n’ai pas envie d’écrire, et puis, il a fallu que quelque chose se produise, pourquoi quelque chose se produit-il toujours ? Tu vois, une question primaire, une question en pourquoi, et quelque chose s’allume, quelque chose prend vie, quelque chose vient à l’existence, quelque chose vient à l’écriture. Une question primaire, une question en pourquoi, et le romantique qui sommeille en moi sort de sa léthargie et a envie de crier aux gens : Mais réveillez-vous, putain, réveillez-vous ! Alors l’autre lui répond : Peut-être vaut-il mieux qu’ils dorment, quand les masses s’éveillent, ça dégénère vite, non ? Et c’est vrai, je sais qu’il a raison, l’autre, je sais qu’il dit vrai, mais qu’est-ce que j’y peux, moi, si, au fond de moi, un romantique sommeille ? Je ne peux tout de même pas le laisser dormir toute la journée. Et non, dans le programme tv, à la fin du petit descriptif du Grand Échiquier, mention n’est pas faite du suicide, c’est moi qui l’ai ajoutée, parce que c’est à cela que la lecture du petit descriptif du Grand échiquier m’a fait penser : au suicide, comme envie, au suicide de la culture, au suicide de la culture comme civilisation. Qu’elle crève, après tout, qu’elle crève.