vingt-huit juin deux mille vingt-trois

Sensation nette de mieux sentir mes sensations. Hier, j’en ai pris conscience. Cette sensation, il y a plusieurs jours, à vrai dire, que je la sens. Mais hier, elle était plus précise encore que les jours précédents. Plus précise : plus sensible (ici, n’ayons pas peur du pléonasme, il renforce ce qui est dit, insiste, souligne, affirme). Preuve (à défaut de dire « symptôme » puisque le symptôme a une dimension négative que la sensation dont je parle n’a pas, mais positive : c’est bien, c’est bon, mais c’est une manifestation corporelle totale, toute la personne est engagée) que quelque chose se passe, change, quelque chose de neuf ou de reneuf, comme renouveau, si ce n’est nouveauté pure : plus d’alcool, plus de smartphone, l’intelligence sans choses, sans modification chimique d’elle-même, moi comme je suis, dédéshumanisé. Est-ce l’intention du progrès — l’intention que l’on met dans le progrès —, nous déshumaniser ? Mais qu’est-ce qu’être humain ? Ce n’est pas la question que je voulais poser car ce n’est pas une question d’être, mais de distance que l’on met entre soi-même : écartement, écartèlement, toujours plus loin de soi et, dès lors que de ses sensations, du monde, de l’expérience qu’il nous est possible de faire. Pourtant, je considère le monde avec étonnement, comme s’il n’y avait pas de raison qu’il soit. Ou plutôt, étonnement de ceci que moi changeant, lui ne change pas, qu’il soit toujours le même, qu’il ne connaisse pas de modification profonde, de structure interne, quasi, continue de fonctionner toujours de la même façon, se contente de faire les mêmes choses, de dire les mêmes choses. Contrairement à la semaine dernière, la banalité n’est pas du qui de l’expérience, mais de son quoi : toujours la même chose, mais pas le même qui de l’expérience de la chose. D’où cette interrogation : où trouver autre chose dont faire l’expérience ? Autre chose de moins banal, de moins trivial, de moins ordinaire. Cela existe-t-il seulement ? Si je change, pourquoi est-ce que le monde ne change pas avec moi ? Vieillesse du monde — jeunesse du moi. Saurait-il en être autrement ?