J’ai mal au dos. Et comme j’ai mal au dos, j’ai mal à la tête. Et comme j’ai mal à la tête, je me sens épuisé. Ce matin, entre les commentaires politiques sur la déliquescence de la société française, ou quelque chose comme ça mais je ne sais pas très bien quoi, et la chorale des classes de CE2 de l’école de Daphné qui égrène les tubes kitsch de la francophonie comme autant d’insultes faites à la simple possibilité de l’intelligence, je me sens plus abattu encore. J’ai envie de me réfugier quelque part où personne ne pourra me trouver, où je pourrai végéter en paix le temps que j’aie moins mal au dos. J’écoute le premier album de Loscil, First Narrows, manière la moins stupide que je trouve d’occuper l’espace. Faisant un projet pour la rentrée prochaine et constatant, ce faisant, que je ne serai pas le seul, que jamais je ne puis être le seul à faire ce que je fais, ce qui est le propre de l’expérience de quiconque existe, je me fais remarquer que ce n’est pas tout à fait exact : ne suis-je pas le seul à écrire ce que j’écris ? Oui. Et cette singularité absolue me rassure quant à l’état du monde, ou plutôt : elle me rassure quant à l’état de moi-même. Je puis exister. Il n’est pas nécessaire que tout soit ou bien génial ou bien tragique, certaines choses peuvent se contenter d’être, simplement, et nous pouvons nous contenter de les faire, et concentrer nos efforts sur l’essentiel — nous savons ce qui est l’essentiel. N’est-ce pas une excuse que je me trouve pour ne rien faire une journée de plus, pour attendre que cette journée passe dans l’espoir d’être un peu moins fatigué demain, d’avoir moins mal au dos demain ? Possible. Au moins, ne faisant rien, je ne fais de mal à personne. Ce qui semble un luxe, de nos jours, un misérable luxe.