neuf juillet deux mille vingt-trois

Le temps est à la sieste, ou une absence de courte durée. D’un certain point de vue, à la question « À qui bon faire le moindre effort quand tout s’effondre ? », la réponse semble s’imposer d’elle-même, mais je ne crois pas qu’il faille voir si loin. Pourquoi penser plus loin que le temps d’une sieste, voire d’une nuit de sommeil. Au-delà, tout n’est-il pas indéterminé ? Je m’occupe de choses qui ne me regardent pas, et cela me déçoit. Ne pensé-je pas que je vaux mieux que cela ? Que quoi ? Que le monde dans lequel je vis. Mais comment cette supériorité morale se pourrait-il ? Je peux ne pas valoir moins que le monde dans lequel je vis, mais plus, cela n’a aucun sens. Que nous le voulions ou non, nous sommes conformes à notre époque. Et cette pensée, à considérer l’époque qui est la mienne, est dévastatrice. J’écris, cependant. Quelquefois, à vrai dire, quelquefois comme aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, mais je le fais quand même. Peut-être que mon écriture vaut mieux que moi, peut-être mon écriture vaut-elle mieux que mon époque. Assis dans le jardin non loin de la statue des cerfs, la paix est assassinée par les répétitions d’un orchestre de bal qui beugle sa musique ringarde. Non seulement la paix n’existe pas, mais en plus la guerre est un spectacle nullissime. Pas moyen d’en sortir. Mais qui se suiciderait à cause de cette époque ? Elle ne mérite pas un tel statistique, que de disparaître lentement et de sombrer dans l’oubli. Le métier d’historien est un travail de vicieux : ne faut-il pas être malade pour vouloir tirer de l’oubli ce que la justice immanente de la vie y avait fait sombrer ? Allongé sur mon lit, je renifle, bâille, m’étire, la gorge me gratte, la tête m’est lourde, la météo n’est pas bonne pour qui aspire à exister. Douze ans aujourd’hui — tout n’est donc pas à désespérer.