Un an et un jour à Paris, et je m’y sens chez moi. Comme je ne suis de nulle part (ainsi que je le notais hier, mes entreprises pour être quelque chose d’autre que simplement moi, c’est-à-dire : un x ∈ X, ont toutes échoué, peut-être pourrait-on m’objecter qu’elles n’étaient pas tout à fait sincères, ces entreprises, mais non, je ne le crois pas, chaque fois que je me suis essayé à être autre chose que moi, quelque chose de plus, j’y croyais, j’y croyais et cela s’est avéré impossible : ceci — un geste me désignerait —, ceci, c’est tout ce que je suis, et quand même ce ne serait pas entièrement de ma faute, ainsi que je le notais hier, il y a des raisons généalogiques à ma nullibité et à mon attrait pour la nullibité), autant me trouver ici que n’importe où ailleurs. C’est une réflexion que je m’étais faite, si mes souvenirs sont exacts, parfois, avant de revenir vivre à Paris, quand il était déjà convenu que nous reviendrions y vivre, et qu’il m’arrivait cependant d’avoir des doutes, me disant : puisque je ne me sens bien nulle part, autant me trouver ici plutôt que n’importe où ailleurs. À cette nuance près désormais que, malgré tous les défauts de cette ville (le bruit, la saleté, l’immobilier, les gens, les gens, les gens, et que sais-je encore ?), tout ce qui ne va pas dans ce pays dont elle est la capitale, si absurde que cette notion même de capitale soit, à toutes ces nuances près, je me sens bien ici. Et c’est ce dont je n’étais pas parvenu à me convaincre avant de partir pour Marseille, quand je ne tenais plus en place à Paris, que je rêvais d’un ailleurs idyllique sur les rives de la Méditerranée, ailleurs que je n’ai jamais trouvé (parce qu’il n’existe tout simplement pas, c’est une pure chimère) : à l’exception d’un désert ou d’une campagne lointaine, il n’y a pas d’autre domicile possible pour moi. Un jour aussi, peut-être, je me partagerai entre Paris et un désert ou une campagne lointaine (bientôt, à en croire la météo, tout cela se ressemblera probablement, et que peut faire l’individu moderne si ce n’est croire en la météo ?) mais, en attendant ce jour plus ou moins éloigné, je me tiens ici, en paix avec la ville et en paix avec moi-même, en paix mais trop non plus, ici, dans ce petit périmètre aux frontières changeantes et douces, ce petit périmètre que j’appelle « mon quartier. »

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