Toujours on essaie de dégager les critères de la liberté de la servitude, de la certitude du doute, de la vérité du mensonge, de la justice de l’injustice, et ainsi de suite. Que répondre dès lors à qui demande, sans la moindre mauvaise pensée, enfin, c’est ce que j’imagine mais, à en juger par la grossièreté de la demande, il n’est pas à exclure que je me trompe grossièrement, que répondre à qui demande : « Et toi, tu arrives à travailler pendant les vacances… » ? Soit que tenir ce journal ne soit pas considéré comme relevant du travail (on s’imagine alors qu’il n’exige pas de temps, pas d’effort, pas de pensée, pas de discipline, qu’il se fait tout seul, naturellement, un peu comme on va à la selle) soit que l’opposition binaire travail-vacances soit à ce point ancrée dans les mentalités que nul tiers-état ne semble envisageable, mais toujours exclu, au contraire, comme la vraie France des privilèges. Que ce journal ne soit pas un travail, si par travail on entend la relation de subordination qu’entretiennent des employés avec leur patron, cela va de soi, mais que ce journal ne soit pas un travail ne signifie pas qu’il ne soit pas du travail, qu’il n’exige pas de moi le meilleur de moi-même, qu’il ne s’apparente pas quelquefois aux douleurs de l’enfantement, car s’il vient de moi, ce journal, il ne va pas de soi, il ne se fait pas tout seul, il requiert de moi la plus grande force quotidienne. Cela, pour se faire entendre, réclame la même discipline que pour l’écrire, discipline dont, précisément, la majorité est incapable. D’où cette réalité toujours aussi décevante que j’écris pour moi-même, moi et quelques épifewnomènes. Ce n’est pas un état de choses que je souhaite, il s’impose à moi-même, me décourage souvent, mais ne m’abats jamais. Si j’en crois le décompte de la machine, aujourd’hui, j’aurai écrit pendant huit cent quatre jours de suite, sans interruption. Mais cela ne m’aidera pas à résoudre le problème à trois termes qui se pose à moi pour l’année qui vient : faut-il que j’apprenne le piano, l’aikido ou le corse ? Toutes voies sont ouvertes, ne me reste plus qu’à choisir la bonne. Et ces possibles, vastes et restreints à la fois, à la fois sont inquiétants et réjouissants.

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