vingt-neuf juillet deux mille vingt-trois

vingt-neuf juillet deux mille vingt-trois

Le retour passager à Paris ressemble quelque peu à une punition. Moins à vrai dire à cause de la ville même qu’à cause de ceux qui, parmi son peuplement, y demeurent sans être partis en congés. Ou kifkif viennent y passer les vacances. La Grande Épicerie où je vais faire quelques achats semble envahie par des hordes de demeurés, the walking dead en vrai. Et, à l’étage au-dessus, nos voisins n’ont pas renoncé à leur style de vie : barbe, jogging et infrabasses, la sainte trinité du bonhomme, du vrai. Par ailleurs, Daphné m’interroge au sujet de ma relecture de Proust et, cependant que je lui réponds, je me demande si je ne devrais pas l’inciter à aimer tout autre chose : Barbie, le foot et la diversité. Quel est l’avenir d’un enfant qui se passionne pour Cyrano de Bergerac (la pièce d’Edmond Rostand, sa dernière révélation — d’ailleurs, elle ne joue pas à la dînette, voyez-vous, elle joue à Ragueneau) dans un monde comme le nôtre ? Le même que son père, probablement : aucun succès, assurément. Malgré ma passion du langage, je ne suis pas certain de vouloir pour elle la même chose que pour moi. À quel moment est-ce que, hier, avec Nelly, nous nous sommes dits que nous serions étonnés si elle finissait DRH ? Pas déçus, non : étonnés. En fait, quand je pense à Daphné, il m’arrive de comprendre feue ma mère qui n’aura eu de cesse de vouloir pour moi quelque position stable dans la fonction publique alors que tout chez moi me portait vers autre chose. Et donc, ce que j’ai fait, c’est l’exact opposé de ce qu’elle voulait. Je suis même allé jusqu’à échouer — avec une détermination sans faille — à l’agrégation. Bien sûr que, pour Daphné, je m’inquiète, mais ce n’est pas cette inquiétude qui doit gouverner ma façon de l’élever. Après tout, moi qui sais que ce monde est fait pour les petits esprits, ai-je envie d’être banal ? Ce qui doit me gouverner, c’est une aspiration supérieure. Ou alors, autant se vendre pieds et poings liés à l’économie de marché. La vérité, c’est que les gens ne changent pas. Il y a des exceptions à cette règle, certes, sinon ce ne serait pas une règle, mais c’est une règle : il faut les aimer pour ce qu’ils sont ou bien les ignorer (maxime du salut). Je m’aperçois que, sans m’en rendre compte, rien que par le fait de changer d’air, je me suis absenté du monde, et que, pendant cette absence, le monde n’a pas changé, en tout cas, pas pour le meilleur. Porte d’Orléans, un bidonville semble s’être bâti, dans l’indifférence générale, le long de la route. Petites baraques qu’on dirait des maisons si elles n’étaient des mouroirs. La France, ainsi, j’en suis certain, se dirige vers quelque chose, mais quoi ? Je ne sais pas. Et puis, en vérité, même si je le savais, je ne le dirais pas, je ne suis pas certain, en effet, d’en avoir le droit. Rythme binaire de la réalité. Infraclasse.