trois août deux mille vingt-trois

#phautogéographie. À Toulon aujourd’hui. Que je sois né dans cette ville me semblera toujours un mystère. N’y ayant jamais vécu que les tout premiers jours de ma vie, d’ici non plus, je ne peux pas dire : « Je suis. » Mais d’où puis-je le dire ? Aucune idée. D’où toujours cette affirmation à la limite de la grammaire — « Je suis de nulle part » — qui me vient à la bouche sans que je sache très bien ce qu’elle veut dire. Qu’elle ne veuille rien dire, précisément, comme beaucoup de phrases qui appartiennent à cette catégorie du non-sens sans que l’on y pense, cela expliquerait-il son pouvoir d’attraction ? Nous, postmodernes humains, qui sommes sommés de posséder une identité, si tarabiscotée soit-elle, à quelle extrémité faut-il nous rendre pour tâcher d’exister un peu, j’entends : pour obéir un peu moins à cette norme à laquelle on se conforme ? Le néant, sans doute. Mais où est-ce le néant ? Mais partout à la surface de la terre. La terre, je m’y tiens, toujours un peu plus à l’étroit, sans que de nulle part, je puisse dire : « Ici, c’est chez moi. » Mais le fait que tu le dises, n’est-ce pas la preuve que tu le cherches ? Pas envie de couper les cheveux en quatre, ce soir. Il est tard. Je suis en retard. Dans Toulon, en fin de journée, je suis allé courir, douze kilomètres et demi, boucle qui avec sa petite queue, le point de départ et d’arrivée étant le même, fait une sorte de petite bête cartographique étrange, un peu comme si, sans le vouloir, mais en voulant faire autre chose, et le faisant, j’avais cartographié le néant. Bizarre, non, de se demander sans cesse d’où l’on est ? N’ai-je pas dit que Paris, c’était chez moi. Oui, mais Paris, ce n’est pas un endroit d’où l’on est, c’est un endroit où l’on va (cf. le topos « Monter à Paris »). Et puis peut-être que je me pose cette question, interroge le sujet qu’elle expose — le pays, le chez-soi, la maison — parce que je sais que ne suis rien, que je ne possède pas un ego à découvrir ou avec lequel me réconcilier (mon moi, le ce que je suis vraiment), parce que j’ai conscience que, contrairement à mes contemporains qui sont obsédés par la question, et cherchent en vain la réponse dans les étoiles, les textes sacrés, les machines, un lopin de terre ou leur culotte, l’identité, ce n’est rien, c’est un mythe dont un petit nombre s’est défait quand tous les autres en demeurent prisonniers. Au lieu de s’ausculter le bout du moi, dès lors arpenter des espaces, en faire des cartes sous forme de graphes, de textes, d’images prises en passant, devient une activité bien plus belle que de chercher à se convaincre que ce qui n’existe pas, n’a jamais existé, n’existera jamais, c’est cela qui me définit pour de vrai. L’homme est un animal mythologique. Et sa femelle, aussi. Les cons.