cinq août deux mille vingt-trois

Cigales, mes sœurs, est-ce à cause de vous si je n’ai pas grand-chose à dire aujourd’hui ? Je pourrais m’endormir, ici, dans ma chambre ombragée, dans cette accueillante fraîcheur, ici, bercé par la friction de vos cymbales, et la rumeur proche du vent qui souffle. Levant les yeux au ciel, il y a quelques instants, je me suis perdu dans le bleu pur qui baigne cette partie de l’univers. Je n’ignore pas que tout ceci est une illusion, je n’en suis pas la dupe, je sais, je sais, ce n’est pas la peine de me le répéter, mais ne faut-il pas savoir se réjouir quand, entre deux blocs de béton,  intacte, apparaît la Provence ? Au milieu du néant, ai-je envie de dire, se tient la Méditerranée. Et si elle n’existe pas, la Méditerranée, si elle n’est plus que le nom que l’on donne à cette mer de cimetière à quoi on la veut réduire, la raison n’en est-elle pas des plus simples ? Rien n’existe plus. Faut-il croire au hasard ou non ? Je n’ai jamais pu me déterminer. Peut-être faut-il, justement, ne pas se déterminer. Parvenir à vivre dans un univers indéterminé, ne serait-ce pas la plus grande des libertés ? Piqûres de moustiques. Métaphysique du vent et des cigales. Été. Mon regard s’attardant sur des photos-souvenirs encadrées là, à quelques pas de moi, je me demande depuis quand, ces gens, qui devaient avoir l’air si modernes quand on les a photographiés, ont cessé de l’être. Qu’est-ce que la modernité ? Ce qui se fane et, à une vitesse qui semble aller toujours s’accélérant, devient daté, vieilli, comme les couleurs qui passent. Qui se veut moderne, ou contemporain comme on affecte de le dire aujourd’hui dans une tautologie inconsciente d’elle-même, qui se veut moderne, c’est tout le paradoxe, qui se veut moderne est déjà ancien. Que faut-il vouloir alors ? Rien. Consacrer son désir à la chair et à l’air et à tout ce qui circule parmi. Bientôt, tout ce qui aura été moderne, il faudra des siècles pour tâcher de l’expliquer, quand ce qui n’aura jamais cherché à l’être s’imposera dans toute sa clarté. Que de temps perdu. Tout le temps est perdu. Chantez, ô mes sœurs, moi, je me tais.