Fasciné par l’absence. Comment l’être ? Dans le cloître de l’abbaye du Thoronet, passé un certain temps à observer les chapiteaux des colonnes, la réduction à quelque chose de pur, de simple, quelque chose comme une essence qui n’aurait que faire de l’usure du temps parce que cette dernière n’aurait pas d’effet sur elle, je me suis trouvé comme en adoration devant cet espace vide, et ce qu’il faut bien appeler « la disparition des moines. » Notre époque, laquelle semble de moins en moins capable de produire une forme de vie positive, a tendance à tout transformer en musée, son histoire n’est pas vivante, c’est un patrimoine qu’elle fait fructifier comme on le fait d’un capital. Ce n’est pas vrai qu’elles n’étaient pas belles, ces photographies de François Halard qui occupaient certaines portions de l’espace laissé vide par la disparition des moines, mais précisément, elles n’étaient que cela, ce me semble, « belles », j’aurais pu dire « jolies », au sens où on l’entend pour parler de quelque chose d’insignifiant. La géométrie du bâti, même à l’état de ruines vides, répondant à la perfection à la géométrie des couleurs, à l’esthétique du temps qu’il fait, terre ocre et dégradées, verte végétation, ciel bleu, vent violent, parfums de pins et de figues mélangés, elle, est pleine de sens, et ce sens, indépendamment de la règle dont il est issu, me paraît immédiatement accessible, sans distance, la simplicité dont elle procède se montrant, il n’est point besoin de la comprendre, elle se sent. Fasciné par l’absence, comment ne pas l’être ? Cher journal, aujourd’hui, c’est ce que je me suis demandé. Le vent soufflait fort, le soleil était brûlant, l’autoroute était déserte, partout autour de moi, il me semblait n’y avoir que du bleu et du vert, la voiture avalait la route, et moi, j’avais le sentiment d’être où je devais être.

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