onze août deux mille vingt-trois
Rêves hantés par des fantômes venus d’un passé plus ou moins proche, les visages de S. et de M. se mélangent dans une lointaine mascarade. Peut-être la cause en est-elle que je n’ai plus d’amis à qui me confier, plus personne avec qui longtemps parler et grâce à qui je puis me faire un monde auquel je n’aurais pas penser tout seul. Est-ce la seule interprétation possible ? Disons que je n’en vois pas d’autre. Ce matin, au réveil, je n’ai pas eu envie de noter le rêve avec précision, aussi ai-je oublié ce nom incompréhensible qu’on me donnait dans le rêve et qui semblait avoir une signification claire pour qui l’employait mais qui, pour moi, avait quelque chose de déplaisant. Quoi ? Eh bien, je crois le simple fait qu’il s’agissait d’un surnom et je déteste qu’on me surnomme. Je n’ai qu’un nom, saint, Jérôme. Pour me venger de tout cela de cet onirisme pervers peut-être, après m’être douché enfin de journée, je me suis vêtu d’un simple peignoir de l’hôtel, auquel j’ai adjoint une grande serviette, et c’est dans cet abondant appareil que j’écris cette page du journal. Nous avons pris la route de Gênes pour Brescia, ce matin et, à l’arrivée, déjeuné dans la chaleur d’un après-midi annonçant Ferragosto à l’ombre de l’architecture fasciste de la Piazza della Vittoria, laquelle architecture rappelle trait pour trait celle d’EUR à Rome. Une fois rentré à l’hôtel, je reçois un message de Benoît Vincent à qui j’ai écrit ce matin pour lui dire que, même si je ne le connais pas, j’avais pensé à lui ces derniers jours que nous avons passés à Gênes. La missive, envoyée grâce aux bons soins de Guillaume Vissac, me parvient toutefois trop tard. Je commence à lui répondre, mais l’appel de la douche est plus fort, et puis ce journal ensuite. Dans mon sac, ne lui ai-je pas écrit, j’avais son livre Genove, que je n’ai pas ouvert, mais je n’ai ouvert aucun livre. Je n’arrive pas à lire, je n’ai pas l’esprit à cela. Mais à quoi ai-je l’esprit alors ? Là est bien toute la question. À rien si ce n’est à vivre, manger, boire, prendre des photographies de ce que je vois, écrire.

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