quatorze août deux mille vingt-trois

Ce matin, avant de partir de Brescia, dans le hall de l’Hotel Vittoria, à la télévision allumée sans le son, j’ai confondu odio et iodio, ce qui est tout à fait mon état d’esprit. Lequel esprit, voyant cette émission, ne s’est pas fait remarquer qu’il était étrange de consacrer une émission entière à la question des rapports entre l’odio et la tiroide. Mais il avait, ce me semble, des raisons que je ne comprenais. À la télévision, c’étaient deux hommes en costume qui discutaient entre eux, des gens sérieux, quoi, pas du genre à croire à la sentimothérapie ou à quelque médecine alternative que ce soit, des gens qui avaient de l’argent, en gagnaient avec leurs théories et leurs pratiques et étaient pour en gagner encore plus, en italien. En italien ou en n’importe quelle langue, d’ailleurs, la science, c’est son avantage, se passe de traduction. C’est son malheur, aussi. Mais ce n’est pas ce dont je voulais parler. Ce dont je voulais parler, c’est que, moi, si j’avais été eux, j’aurais parlé de tout autre chose, mais c’est bien évidemment la raison pour laquelle je ne passe pas à la télévision, ne gagne pas d’argent, et ne parle à personne, tandis que eux, oui : parce que, si on me donnait la parole, je changerais de sujet. Mais on ne veut pas changer de sujet. Nonobstant, si mon esprit avait été un peu plus éveillé qu’il ne l’était à ce moment-là et que, de façon générale, il ne l’est ces derniers temps, si mon esprit donc était un peu moins empêtré c’est-à-dire dans l’odio, il se serait fait remarquer à lui-même, je pense, que c’est insupportable cette télévision allumée à toute heure de la journée, et cette musique qui hurle partout, et toutes ces choses  odieuse auxquelles on s’habitue tant que l’on n’y prête même plus attention. En fait, la seule manière désormais de prêter attention à la réalité, c’est de faire des choses bizarres sans le vouloir, j’entends : c’est le lapsus, c’est l’erreur, c’est l’échec, le raté, le qui va de travers. À rebours de quoi, tout ce qui se trouve normal, semble logique, paraît aller de soi, tout cela est faux, mensonge, erreur, balivernes et bavardages, absurdités, et autres. Le problème toutefois, dans cet ordre d’idées, c’est que l’on ne fait pas — à proprement parler — pas exprès de rater, d’échouer, d’aller de travers, et le paradoxe est entier qui veut que, si l’on voulait aller de travers, en vérité, c’est bel et bien tout droit qu’on irait. Il faut qu’un esprit ancestral, bien plus vieux que nous, j’entends, il faut qu’un esprit prenne la parole que la vie normale lui confisque et dise ce que, par une habitude trop peu consciente, nous nous refusons à admettre. Et nous, nous qui avons tant d’amour, ce monde qui ne le mérite pas, comment ne le haïrions-nous pas ?