dix-neuf août deux mille vingt-trois

Le point d’abstraction auquel je me trouve ne fait pas que je transpire moins, ni ne sente mauvais. Quelque chose à voir, ai-je envie de dire, ici, avec la raideur du sexe de Zeus qui, s’étant déguisé en serpent, on en voit la queue, deux fois, et ayant aveuglé son mari, à l’arrière-plan, son aigle, tenant en effet la foudre entre ses serres, se charge de la lui enfoncer dans l’œil, et de trois, s’apprête à pénétrer une Olympias nue et divinement belle, qui, les cuisses écartées, s’offre au dieu dont elle est la prêtresse. De cette union, dira le mythe, naquit Alexandre le Grand. En attendant, de la main gauche, Zeus remonte le menton d’Olympias pour qu’elle le regarde droit dans les yeux tout en lui offrant, c’est manifeste, le pouce de la même main à sucer. Et de quatre. On dira donc que tous les bouts y sont. C’est dans la chambre d’Amour et de Psyché du Palazzo Té que Giulio Romano a peint cette fresque miraculeuse. La main, la queue, le doigt, la foudre, partout, c’est le même geste de pénétrer, le sexe et le déchirement du voile qui occulte la vérité ne faisant qu’un. La différence passe entre qui peut le voir et qui ne le peut : affaire divine, le déchirement du voile qui occulte de la vérité ne peut se montrer à tout le monde. Ce n’est que quand les dieux se sont retirés, i. e. quand il n’y a plus rien à voir, que tout le monde peut regarder. L’Europe alors est devenue la chose soumise des touristes qui ne font plus bander personne. J’ai beau écrire, cela ne change rien au monde. Comment se fait-il dès lors que, sachant cela, j’écrive quand même et que, comme la machine, imperturbable, me le rappelle, j’aie écrit huit cent vingt-cinq jours de suite, sans compter aujourd’hui ? Quelque chose à voir ici avec la raideur de Zeus. N’exagérons rien. À vrai dire, même si je me trouve ici à la frontière du dicible, ou du disible, pour rimer avec risible, à la frontière entre le dicible et le risible, je ne crois pas que j’exagère, mais que je me contente, au contraire, d’exposer avec la plus grande des simplicités, ce que je tiens pour la vérité. Cependant que tous sont obsédés par le thermomètre, moi, je pense à la chaleur. Corps qui s’oignent d’eux-mêmes, corps qui soignent d’eux-mêmes autre chose qu’eux-mêmes. Est-ce qu’il y aura encore des hommes sur terre dans trois milliards d’années ? me demande Daphné dans la cathédrale San Pietro de Mantova. Tout comme il y a trois milliards d’années de cela, probablement pas. Pourquoi cette éventualité devrait-elle nous troubler ? Un jour, amibes que nous fûmes, les habitants de l’univers nous auront oubliés. En attendant, demeure béant derrière son voile, à pénétrer, l’orifice de la vérité.