dix-huit septembre deux mille vingt-trois

Il faudrait que je bouge, mais j’ai envie de dormir. Il faudrait que j’aie des idées, mais je ne pense qu’à dormir. Voilà qui invite à l’humilité, si peu de chose que nous sommes, des feuilles qui tombent loin d’un arbre, promises à un destin dépourvu de sens. Je sais bien qu’il y a des gens, là-bas, de l’autre côté de la frontière, de l’autre côté de la fenêtre, mais tout ce que j’ai à dire à ce sujet se résume à la simple question que voici : Pourquoi ? Sans réponse autre qu’un soupir. Plus je cherche, moins j’ai de choses à dire, alors je ne ferme pas les yeux, si je les fermais, je m’endormirais, je laisse le bruit violenter le silence sans procès et couler les choses le long de leur cours ordinaire. Que ne ferait-on pas pour exister ? Aujourd’hui, je me serai contenté du minimum, ce seuil en-deçà duquel il n’y a plus de vie, ou bien celle d’une pierre ; — étrange fascination de l’organisme pour l’inorganique. D’un œil inquiet, je considère qui veut changer le monde, qui est plein de solutions pour l’humanité : comment d’êtres sont-ils venus parmi leurs semblables, ainsi habités d’une vérité ultime, et combien de vies ont-elles été détruites par de telles bienveillances ? Une minute de silence pour l’éternité. Dehors, le bruit ne cesse pas : tous ces gens attablés devant leur pinte tiédasse, pourquoi sont-ils en vie ? Qui s’interroge : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », toujours hésite : « Faut-il qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ? » Et l’absence de certitude dans ma voix intérieure, n’est-elle pas une réponse en soi ?