Oiseaux, ô mes frères migrateurs. C’est l’automne à Paris, il fait gris, il pleut, et c’est le temps parfait pour vivre ici, la saison idéale pour séjourner en ce bout de pays. Oiseaux, ô mes frères migrateurs, que ne suis-je comme vous, changeant de maison au gré des saisons ? Avec l’automne, malheureusement, à Paris, est venu aussi un vieux roi sans pouvoir, à Paris où résonnent les sirènes des véhicules de la police, motards sifflant à en perdre la raison pour ouvrir la voie à de puissantes gens. Ce matin, quand je suis allé me promener, le vieux roi y lisant sa lénifiante dissertation, les jardins du Sénat étaient fermés. Fermé le pays, comme chaque fois qu’un événement réputé important a lieu. On clôt le monde sur lui-même, et on baptise cette réclusion du nom de liberté. N’est-il pas étonnant de voir ce phénomène se répéter partout, dans l’espace tout comme sur nos corps ? Pourquoi personne ne s’étonne-t-il ? Après avoir achevé ma promenade interrompue, je suis rentré chez moi, je me suis déshabillé parce que j’étais trempé par la pluie, et j’ai songé à la géographie de mes migrations saisonnières, me disant que si j’avais le loisir de le faire, je passerais l’automne à Paris, l’hiver en Provence, et le printemps et l’été dans le Finistère, triangulant ainsi la France au gré de mes goûts. Mais je ne le peux pas, alors je reste là, à regarder la pluie tomber, à ne pas trop grimacer quand une énième sirène coupe le fil de mes idées. Qu’hurle-t-elle notre fascination pour le bruit ? Probablement rien, sinon, nous ne hurlerions pas, nous parlerions. Mais pour dire quoi ? Qu’est-ce qui mérite d’être retenu ? Si l’on ne devait dire (ou écrire) que ce qui mérite d’être retenu, on ne dirait presque rien, et nous serions tous atteints de maladies neurodégénératives précoces. Ce sont les banalités qui nous maintiennent en bonne santé, toutes les phrases dépourvues d’intérêt que nous nous acharnons à prononcer. Ainsi, la vie, peut-être, est-ce essentiellement toutes les choses sans intérêt qui occupent notre temps. Et de moi, dès lors, qui préfère à son emploi la vacance du temps, que faire ?