dix-sept octobre deux mille vingt-trois

Les frissons, encore qu’il fasse un peu froid, cette fois, c’est la musique qui les cause. Et je me love dans cette douceur nouvelle, fraîche. Je vais courir dans le jardin après avoir écrit dès le matin et, courant, ne cesse d’écrire, note les phrases dans ma mémoire avant de les prendre en note sur mon téléphone portable, point de maximes plus ou moins morales, mais des motifs, des élans pour écrire encore, des débuts de chants, de chapitres, des intentions, des dimensions, des ouvertures sur des pages pas encore écrites. Que je sois tout entier dans l’écriture, ces jours, depuis combien de temps cela ne m’était-il plus vraiment arrivé ? Je ne sais pas, je ne parviens même pas, je crois, à jeter une sorte de regard en arrière, comme aveugles aux entraves passées, je vois bien des visages difformes, mais ils me semblent si lointains, pas insignifiants, non, ce n’est pas ce que je veux dire, ils reviennent bien à leur façon, dans l’écriture, la bêtise se mêlant à l’horreur parce que, en vérité, je ne crois pas qu’il y ait une différence de nature entre la bêtise et la violence, simplement une différence de degrés, la seconde n’abolissant jamais la première, contrairement à la paix, mais la maintenant, l’élevant à une puissance supérieure, la puissance infinie de la destruction. Je suis tout entier dans l’écriture, je viens tout juste de le dire, et n’est-ce pas la plus belle chose qui soit que cette entièreté de l’écriture s’accompagne de la musique et que, ainsi, ne passant mon temps qu’à écrire, ou à penser à écrire, ou à penser des pensées qui deviendront de l’écriture, cela se fasse aussi en musique, que la musique soit essentielle à ce processus de sublimation qu’est le processus qui conduit à l’écriture et que, au contraire, n’écrivant qu’à peine, mon rapport à l’écriture ne tenant plus alors que par la grâce nécessaire de ce journal tenu malgré toutes les déceptions, les blâmes, les lamentations, n’écrivant qu’à peine, dis-je, je n’écoutais presque pas de musique non plus ? La plus merveilleuse des choses et, en réalité, malgré le paradoxe que cela enveloppe, la moins étonnante des choses. Ce n’est pas que l’écriture doive se faire musicale, bien que cela ne soit pas exclu, tout l’inverse, mais que l’écriture, quand elle est vraie, je crois, est dans la même relation à l’espace et au temps que la musique. La musique nous permet de découvrir une relation à l’espace et au temps dans lequel l’écriture se met elle aussi pour advenir. Bien moins les pages couvertes de signes, que le chant. Aussi, chaque jour, après avoir couvert les pages de mes signes noirs, à haute voix, je lis ce que je viens d’écrire, et je corrige et, si je corrige, chaque fois que je corrige, je reprends da capo, et ainsi l’écriture s’augmente-t-elle d’elle-même, s’engendre-t-elle par elle-même dans la voix, le chant est deux fois, ainsi, dans les signes noirs dont je couvre mes pages et dans ma voix qui lit et dit ces signes noirs dont j’ai couvert les pages, et avancer ainsi, c’est cela, écrire : écrire et lire, et écrire, et le chant est deux fois la forme de l’écriture, on écrit, on lit, on chante, on vit.