quatorze novembre deux mille vingt-trois

Je suis las des questions en pourquoi ? Non que je leur préfère les certitudes acquises par des moyens plus ou moins scrupuleux, le long de voies plus ou moins fréquentables, mais l’autocentrisme auquel elles donnent lieu me semble ne me conduire nulle part. Que faut-il faire alors ? S’enfermer dans une chambre calfeutrée pour, échappant de la sorte à toute distraction, ne faire rien qu’écrire le grand livre définitif ? Sans doute, mais le terme de cette réclusion ne saurait être le seul livre ; c’est aussi la mort, le point final.  Et il faut s’y disposer. J’hésite alors : s’imagine-t-on synchroniser la vie avec l’écriture, faisant ainsi coïncider la fin de l’existence avec la fin de l’écriture, ce qui serait en effet un bel mourir ou est-ce que l’écriture épuise la vie, met à mort, achève ? Ou bien, tout cela n’est-il qu’une illusion ? À moins que, la vie donnant toujours de l’espoir, il faille parvenir à sa fin pour que, n’en laissant plus rien substituer, on se sente défini. Comment savoir ? Ce que je sais, c’est qu’il y a trop de distraction, et je ne parle pas des loisirs imposés, du divertissement obligatoire, du rire légal, mais des affaires courantes, lesquelles — peut-on s’aveugler après qu’on l’a vu ? — divertissent moins qu’elles ne pervertissent, nous concentrent en autre chose, qui n’est pas soi. Autre sens de l’autocentrisme, dès lors : non plus se regarder le nombril en gémissant pourquoi ? mais science de l’essentiel, si suspect que ce mot d’essence puisse paraître. C’est qu’il est peut-être moins la chose en soi que le combustible à consumer, la chose à consommer, brûler, non pas cela à quoi on met le feu, mais cela avec quoi on met le feu. Alors, les essences ne valent que de flamber et on peut aller à l’essentiel comme on va au bûcher, au grand feu de la joie. Écrire est un autodafé. Écrire est l’autodafé de soi. Écrire est l’autodafé en soi. La consomption est un acte de foi — le seul, peut-être —, laquelle n’appelle nul référent extérieur, nulle autorité supérieure, non, se concentre en elle-même jusqu’à la cendre, la disparition.  Fondu au noir. Cendres de la vie : encre avec laquelle on écrit.