Rien, et tant. Des siècles et des kilomètres en une fraction de seconde. Je voyage. D’ici à la fin ou au fin fond du monde, je ne sais pas. Parfois, la distance parcourue, on peut la sentir, la sentir à l’invraisemblable réalité de tout ce que l’on ne comprend pas. Langues et autres. Parler. C’est devenu si facile de parler qu’on a envie de se dispenser d’avoir quelque chose à dire. Non, quelque chose, encore, pourquoi pas ? Non, mais simplement de dire. Se dispenser de dire. Aussi, tu te tiendrais là, le livre ouvert, l’instrument proche, disponible pour quand tu ressentirais le besoin d’en jouer, un rayon de soleil peut-être viendrait t’aveugler, avec la main tu ferais une visière spontanée pour continuer de lire, dans l’air, ce serait l’avant-garde du printemps, déjà, aussi douce qu’inquiétante, aussi agréable que terrifiante. Tu te dirais, en vérité, on ne peut plus rien éprouver sans éprouver son contraire, la possibilité, voire la nécessité de son contraire, et ce serait cela, oui, qui inciterait à se dispenser de dire : qu’à chaque dit doive être opposé un contredit et que rien, jamais, ne vienne départager le dit du contredit et, ainsi, le non-sens — la forme contrainte du non-dit, c’est-à-dire le trop-dit — règnerait sans partage sur les esprits et les cœurs, — du non-sens, ce serait l’empire. Moi, je ne cherche pas une vérité définitive. Le propre de l’histoire (du progrès) n’est-ce pas de multiplier, d’accumuler les vérités ? Et tant qu’on ne sait plus qu’en penser, plus qu’en faire. Plus qu’enfer. Je cherche quelque chose avec quoi trouver. Accueille l’ancienne langue qui viendra allumer les sens de la nouvelle ; ce n’est ni moins ni mieux que parler, c’est autre chose, que l’incompréhension précède, vers quoi l’incompréhension ouvre la voie. Moi, trouveur.