Vingt-trois mars deux mille vingt-quatre.

Ciel gris, pluie, vent, mais moi je suis au soleil. Comment fais-je ? Aucune idée. C’est un état d’esprit, — j’imagine. Quelquefois, je me dis on ne peut pas être à deux endroits en même temps, et quelquefois je me réponds et pourquoi pas ? Et pourquoi pas ? De toute façon, il le faut bien, n’est-ce pas ? Que faut-il bien ? Attends un peu. Le bruit matinal, me dit Nelly, ce sont les voisins du dessous qui déménagent. Ils ont acheté un appartement plus petit à Port-Royal. À partir de quel seuil un appartement cesse-t-il d’être un appartement pour devenir une cage à lapins ? Je réfléchis. Qu’est-on prêt à sacrifier simplement pour se trouver en un endroit à un certain moment ? Je réfléchis encore un peu. Et me demande : À quoi se destinent ces villes comme Paris où les gens qui y travaillent, décident d’y faire leur vie, n’ont même pas les moyens de s’y loger, et se trouvent ainsi relégués dans une périphérie de plus en plus lointaine, qui n’est pas la périphérie géographique, non mais une forme de pauvreté qui semble s’étendre à l’infini ? Cette pauvreté-là n’est pas la pauvreté spirituelle (« Heureux les pauvres d’esprit, le royaume des cieux est à eux », dit Matthieu que Jésus a dit), c’est la pauvreté urbaine, la pauvreté politique, la pauvreté d’une existence dont l’étendue se trouve toujours plus réduite, repoussée dans ces recoins étroits, sombres et froids — note que ce n’est même pas une métaphore, tels sont les faits, les faits grossiers — où il est impossible de vivre, au profit d’un nombre toujours plus réduit de possesseurs qui appauvrissent le monde. — La boucle est bouclée. — Est-ce alors que je ne me sens pas bien à Paris ? Ce n’est pas la question. Quelle est donc la question ? Mais il n’y a pas de question. Il y a des faits, là, ces faits grossiers qui grelotent dans le froid de l’univers. On appelle cela, des êtres humains. Quelle drôle de chose qu’un être humain. Le soleil qui le pourrait réchauffer, cet être, ce soleil ne brille pas dans le ciel, il faudrait qu’il illumine les esprits, dissipent les nuages, il faudrait une grande et belle éclaircie. Et que voit-on ? Rien, on ne voit rien. Mais, tout comme je n’ai pas envie de poser de questions, je n’ai pas envie d’apporter des réponses. Partout, il y a des solutions, il suffit de comprendre que la plupart d’entre elles, si elles servent bien à quelque chose, sont vaines, ne servent à rien, ce sont des solutions techniques qui semblent résoudre le problème mais ne font jamais que le déplacer, le repousser un peu plus loin où l’on suppose qu’il ne nous dérangera plus. Mais, tout comme la terre tourne, tout ce qui la peuple est en mouvement, et tout se déplace, et tout change de place. Comment se trouver au bon endroit au bon moment ? Ce n’est pas sur l’échelle des classes sociales que tu trouveras ta place au monde. Mais où alors ? Réfléchis encore un peu.