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Tout à l’heure, il y a eu un orage de grêle. J’ai regardé, fasciné, la grêle tomber. J’avais envie que l’orage soit violent et que la grêle emporte tout dans sa chute, mais cela n’a pas duré bien longtemps, très vite, à la place de la grêle, c’est de la pluie qui est tombée, et puis plus rien, le soleil est revenu, et le ciel bleu avec lui. Pourquoi ai-je eu envie que la grêle emporte tout ? Je l’ignore. Je regardais la grêle tomber sur la toile qui protège la terrasse du bar d’en bas, et j’avais envie que la grêle l’arrache, que la grêle arrache tout, tout ce qui se tient debout dans la rue, dans la ville. Je regardais la grêle tomber et le tapis de grêlons qui se formait sur le trottoir du boulevard. Je me disais que, si l’orage durait suffisamment longtemps, la ville entière pourrait être ensevelie sous la glace et que ce serait beau, ce serait une autre vie, une autre forme de vie. Je me suis imaginé qu’une sorte de cloche de glace se formait au-dessus de la ville, sous laquelle nous vivrions par suite des intempéries. Pendant combien de temps vivrions-nous ainsi ? Cette question, je ne me la suis posée, mes réflexions ne portant pas vraiment à conséquence, elles se contentaient d’errer là, au-dessus du boulevard, des rêveries qui flottaient dans l’air changeant de cet été finissant. Ce matin, j’ai fini ma lecture de Tout est de l’art. Qui fut plus qu’une lecture : je n’ai pas récrit tout le texte, mais j’en ai modifié certains aspects, adjoint plusieurs contes à l’ensemble qui, désormais, compte quelque 350000 signes. J’en parle dans le texte : dans mon esprit, j’imaginais quelque chose comme les Mille et une nuits en composant ce texte, en étendue, au moins, et si je n’ai pas mené ce projet à bien, ce n’est pas que je manque d’endurance ou d’imagination, mais que, n’ayant pas réellement d’éditeur qui me suive et me soutienne (j’entends par là : un éditeur qui ait les moyens financiers de la faire), la chose s’est quelque peu délitée. Peut-être ai-je eu tort de ne pas faire preuve de plus de détermination, de ne pas persévérer malgré l’indifférence. Dans le texte, il est aussi question de ces aspects de la vie d’écrivain (l’expression « la vie d’écrivain » est imbécile, mais tant pis, c’est celle qui m’est venue, laissons-la là). En lisant ces histoires qui traite de cela, je me suis demandé s’il ne fallait pas les supprimer, et j’ai considéré que non, qu’elles faisaient partie de l’économie singulière du texte, de l’économie singulière de mon écriture. D’autant que, à dire le vrai, j’ai persévéré, ce texte existant désormais, mais pas comme je l’envisageais tout d’abord. Bien. Quoi qu’il en soit de ces considérations plus ou moins adroites, je suis le plan mental que j’ai tracé. Je ne sais où il va me conduire — c’est-à-dire : s’il va me conduire là où je voudrais qu’il me conduise —, mais (ce qui n’est pas toujours le cas) je sais où je vais. J’avance dans une grande clarté ; c’est heureux.