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Lu, écrit. En peu de mots, voilà ce à quoi pourrait se résumer ma journée. Dans l’intervalle entre la lecture et l’écriture, j’aurai toutefois trouvé le temps d’aller courir, de faire des courses et de déjeuner vers trois heures et demi de l’après-midi, mais c’est assez anecdotique. Le sens de l’anecdote, ne me suis-je pas dit en cherchant un passage dans Impressions de Kassel de Vila-Matas pour le texte que j’ai écrit dans l’après-midi sur Mes deux mondes de Sergio Chejfec dont j’avais achevé la relecture dans la matinée, ne me fait-il pas cruellement défaut ? Je me le demande à présent. Mais encore faut-il avoir des choses anecdotales à raconter, non ? La file d’attente à la caisse de la Biocoop d’Alésia fait-elle partie des événements anecdotables ? J’ai quelques doutes sur le sujet. Quant au fait de lire lui-même, à moins de réfléchir a posteriori sur ce que l’on a lu, non plus, cela n’est guère anecdotable. Alors, à quoi bon ? Lu, écrit, ces deux participes passés que j’ai mentionnés (auxquels viendraient s’ajouter les courses en plusieurs sens), pourraient-ils résumer à eux seuls ma vie ? Je ne le crois pas. Mais il est vrai que l’absence de Daphné, si elle crée un vide dans ma vie, libère aussi du temps et, ainsi, ne me suis-je pas arrêté un seul instant (les courses — à pied ou à la Biocoop — et le déjeuner mis entre parenthèses) ni de lire ni d’écrire depuis ce matin aux alentours de neuf heures. Il est à présent vingt heures vingt, et j’attends Nelly en écrivant ces phrases qui, je me l’imagine peut-être à tort, n’intéresseront pas grand-monde (encore moins de monde que d’habitude, c’est ce que je me dis en écrivant), mais n’en sont pas moins vraies. La sonnerie m’interrompt, un peu comme les demoiselles du téléphone chez Proust, la voix de sa maîtresse m’annonce Daphné dont c’est aujourd’hui l’anniversaire, — et tout est parfait.