23.12.24

Il pleut sur l’Autoroute du Soleil. Est-ce la préfiguration de la fin du monde, ou une énième illustration du dérèglement climatique ? On ne plaisante pas avec ces choses-là, Monsieur Orsini. Mais alors, avec quoi ? Avec quoi est-ce qu’on plaisante ? Avec rien, Monsieur Orsini, avec rien. L’heure est grave. Depuis le col du Colombier, où l’on accède après avoir gravi moult lacets et autres épingles à cheveux, au loin le Ventoux, la vue sur la Provence est sublime. Ne mérite-t-elle pas toutes les longueurs de la route ? Arrivée à Vaison-la-Romaine (notre destination) : le vent souffle, fort. Il fait froid. Ressenti négatif. Ailleurs, un gouvernement est nommé au sujet duquel la seule question qui me vienne  à l’esprit est la suivante : Mais pourquoi ? Et je sais qu’il n’y a pas de réponse à cela, qu’il n’y en aura jamais. Alors pourquoi se la poser ? Mais comment faire autrement ? Ne plus penser ? Cela, je ne le puis pas. J’ai déjà essayé. La veille de la veille de Noël, voilà qui donne un sentiment de débâcle. Car, en effet, les gens n’ont pas besoin de gouvernement — s’ils le pensaient encore, il serait grand temps qu’ils se déprissent d’une telle absurdité —, ils ont besoin de sens. Mais pour cela, pour le sens, il faut du temps, il faut de la patience, il faut avoir le temps de se tromper, et il faut chercher, il faut n’avoir pas de réponse, n’avoir pas d’idée, mais rien que des questions, béantes comme des tombes, il faut douter, se perdre dans ses doutes, il faut entrer dans la labyrinthe en ayant peur de n’en jamais sortir (comment pourrait-on, autrement, en jamais sortir ?), mais tout cela, il n’y en a pas, il n’y a rien de tout cela, il n’y a que des mensonges dans un monde où, de toute façon, rien n’est vrai. Et dire qu’il pleuvait, sur l’Autoroute du Soleil. Oui, mais comment s’en étonner ?