27.12.24

Est-ce pour ressembler à l’idée que je me fais d’un dieu grec que je ne rase plus ma barbe de plus en plus blanche ? Pour me cacher derrière cette apparence nuageuse ? Parce qu’il fait froid ? Paresse ou bien plaisir de passer mes doigts dans cette masse ouatée ? Sur le bloc-notes numérique de mon ordinateur, je note ce que je retiens du rêve que j’ai fait cette nuit en attendant de le recopier ensuite, c’est-à-dire : une fois rentré à Paris, dans le carnet de mes activités oniriques. Sur le parvis de la collégiale Saint-Sauveur, à Grignan, la chaleur était si douce, tout à l’heure, en ce début d’après-midi de l’hiver naissant, qu’il était impossible de ne pas tenir le moment pour parfait. Et tous les moments qui sont, qui furent et qui seront, peut-être, pour parfaits. Le rêve que j’ai fait cette nuit se déroulait aussi devant une église, mais ces deux aspects de la réalité, à moins de supposer quelque faculté de prémonition, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Ce ne sont que des successions aléatoires, et ainsi les choses sont-elles parfaites. Lorsque, dans deux ou trois jours, nous repartirons, je sais que je serai plein de regret parce que je n’aurai pas eu le temps de m’installer dans le paysage. Ce n’est pas que je n’aime pas cette période de l’année, tant s’en faut, le climat en ces régions méditerranéennes, froid, sec, et ensoleillé, atteint au sublime, c’est que, n’étant plus synonyme pour moi de réunion familiale (une demi-journée passée en compagnie de mon père, ce n’est tout de même pas le genre de folie qu’on puisse appeler de ce nom), les fêtes n’ont pas grand sens. Peut-être, plus tard, quand Daphné aura grandi, en retrouveront-elles un, mais en attendant, elles semblent privées de toute singularité, réduite à une sorte de gavage forcé et passablement imbécile. À ce sujet, ou plutôt au sujet de mon engraissement, je suis enclin à prendre des dispositions, mais j’hésite : je ne voudrais pas que tout s’effondrât sous le poids de moi-même le moment venu. Mais peut-on vivre autrement qu’en anticipant sa propre destinée, fût-elle futile et diététique ? Il faudrait une philosophie du régime qui soit à la fois une philosophie de la perte de poids et une philosophie de la discipline, un art de l’autorégulation globale et idiosyncratique ; — prise du pouvoir de soi-même par soi-même sur soi-même. (Idiosyncrasie = idiosyncratie.)