Très tendu, ce matin, en reportant les corrections apportées au texte, hier. (En ajoute de nouvelles chemin faisant.) Comme si je n’avais pas envie de le faire, ce travail de correction. N’ai-je pas envie de le faire ? Pourtant, ce n’est même pas une question. Je me le dis, sentant que je me cramponne à l’ordinateur : Mais, Jérôme, tu sais bien que cela fait partie de l’écriture : que t’arrive-t-il ? Façon de dire : que tu le veuilles ou non, tu n’as pas le choix, tu ne peux pas y échapper. C’est cela, la nécessité — ordinaire, banale — de la vie. Ne la confond-on pas avec le déterminisme auquel s’opposerait une illusoire liberté ? (Jeux de société.) Je n’en ai aucune idée. Ce n’est pas ce dont je voulais parler. Allé courir après, et me suis senti tellement mieux, ensuite, ayant fait encore diverses acrobaties que, si je m’étais vu en train de les faire depuis l’autre rive du boulevard, j’eusse trouvé comiques. (Image de ces bras que j’ai vus onduler, hier ou avant-hier, je ne sais plus, à travers les fenêtres qui nous séparent, de part et d’autre du boulevard, membres fantômes sans corps où les attacher et qui allaient et venaient dans l’air, j’ai cru à un signe qu’on me ferait, l’espace d’un instant, et puis, je me suis rendu à la décevante évidence : ce devait une yogie.) Peut-être n’ai-je tout simplement pas envie d’écrire (en ce moment). Mais alors que suis-je en train de faire alors même où j’écris cette phrase : « Peut-être n’ai-je tout simplement pas envie d’écrire (en ce moment) » ? Non, ce doit être autre chose. Oui, mais quoi ? Pas la moindre idée. Tout ce que je puis dire : en relisant le texte que je viens de relire, je vois que je n’ai jamais écrit ainsi, et c’est ce que je recherche. Si c’est pour refaire quelque chose que j’ai déjà fait, écrire ne m’intéresse pas. On ne croit pas à la nouveauté parce qu’on a peur de la nouveauté, on s’installe dans le confort d’une petite musique, de récits convenus (sur le site d’un revendeur de livres on lit à propos de la rentrée littéraire hiver 2025 : « ces autrices et auteurs qui analysent le rôle du père », manière pudique de dire que tout le monde fait la même chose, dans la langue sans chair — c’est-à-dire : sans âme — du marchandage), et on ne sait plus comment sortir de ces conventions où l’on s’est enfermé, lesquelles conventions deviennent obscènes, à force, et nous dégoûtent de lire, nous dégoûtent des livres, de l’idée même de livre, et nous donnent envie de foutre le feu à tout cela et de regarder brûler tout cela, grand feu de joie, éternelle nouveauté de l’autodafé. Au fond de tout véritable écrivain, n’y a-t-il pas ce désir absolu, fou et destructeur, de la rédemption dernière par les flammes, le désir toujours inassouvi du grand et ultime autodafé ? L’écrivain n’est pas l’esclave qui souffle sur les braises, ni le saint qui commande la purification par le feu, non, il est le feu, il est le souffle, il est le souffle du feu. Brûle !

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