L’angoisse que suscite l’existence, ces derniers jours, j’y réponds avec un vrai pragmatisme : à la déplorable connexion wifi qui aggrave le cas de l’appartement où nous résidons, je préfère la performance du partage de connexion qu’offre le réseau cinq g de mon téléphone portable. Suis-je apaisé ? Je n’en sais trop rien, mais c’est une solution simple et efficace à un problème précis et localisé, et l’existence dont je parlais à l’instant est trop avare en la matière pour oser s’en priver. C’est beau, la Méditerranée, dis-je en substance à Nelly, dommage que les trottoirs de Marseille soient couverts de merdes de chien. Rue Sauveur Tobelem, je suis obligé de changer de trottoir tant l’odeur d’urine m’incommode. Comment peut-on tolérer une telle puanteur ? Je l’ignore. C’est dommage, quand on regarde vers la mer, c’est si beau. Oui, mais ce n’est pas ainsi que les gens vivent. Cette expérience, je l’avais déjà faite avant de quitter bis Marseille pour Paris. La faire de nouveau me déprime quelque peu. J’y songe, hier au soir, au moment de me coucher, et ne sais que faire du sentiment d’abattement qui me gagne à cette idée. Laquelle idée a moins trait à la ville où je séjourne pour un temps seulement qu’à une question d’ordre plus général, et qui semble se répliquer sans cesse, toujours se poser encore sous de nouvelles conditions : où vivre ? Condition d’inconditionnel exilé — je ne suis de nulle part et ne puis être nulle part chez moi —, en est-ce la cause originelle ? Ou bien que je ne vois jamais que le mauvais côté des choses ? Mais faut-il que les choses aient un mauvais côté ? Pourquoi les choses ne peuvent-elles être parfaites ? Parce que nous ne sommes pas seuls au monde ? Peut-être, peut-être pas, qui sait ? Le monde n’est pas un endroit où être tout seul, mais ce n’est pas non plus un endroit où être avec n’importe qui. À la télévision, les images de ces hommes importants qui se tapent dans la main et se caressent les cuisses sous l’œil complice des caméras du monde entier me glacent les sangs : voilà bien avec qui ne pas partager le monde et, pourtant, ce sont eux qui se partagent le monde. Le faible parle la langue du fort, qui ne comprend pas la sienne, mais il n’en deviendra jamais le maître, rien que son éternel laquais. Est-ce ainsi que les gens vivent ? Il faut craindre que oui. Et faire attention où l’on met les pieds. Note : ce n’est pas d’un endroit où être que nous avons besoin — la patrie de notre peuple, la nation de notre élection, la terre de nos ancêtres, ou dieu sait quoi —, c’est d’un endroit où vivre.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.