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À Florence. Le plus intéressant (?), aujourd’hui, ce n’est pas dans ce journal-ci que je l’écrirai. Mais c’est un choix. Encore que, je me le demande, disant ce que je viens de dire et ne sachant pas encore ce que je vais écrire, est-ce que je ne préjuge pas de ce qui va suivre ? Il est vrai que, du point de vue de l’autochtone, il y a toujours trop de touristes (pour ma part, je ne tolérerais que Stendhal), mais pour le touriste, en vacances, le touriste, c’est toujours l’autre, en sorte que l’on ne sait jamais très bien dans quelle catégorie se placer. Peut-être — et c’est pour moi que je parle, évidemment —, voudrait-on n’être d’aucune, mais quand on cherche ses mots, met des langues à la place des autres, se confondant dès lors, on a beau avoir l’air du coin (origines ethniques obligent), on ne trompe personne. Ce qui m’a plu le plus, aujourd’hui, ce ne sont pas les monuments, c’est de retrouver des lieux, des quartiers, où nous avons vécu (même quelques jours, à peine). Ce qui m’a le plus plu, en somme, ce n’est pas de venir, c’est de revenir. Et, passant au marché Sant’Ambrogio, je me suis souvenu que c’est là qu’xxxxx xxx m’avait contacté pour traduire les prétentieuses, vaines et puantes conversations de l’imposteur xxxxxxx xxxxxxxxx avec ce foutriquet de xxxxx xxxxxx, traduction qui m’avait fait tant de mal et perdre tant de temps in fine (à Combray, ce n’était toujours pas fini, pire, en un sens, cela ne faisait que commencer). Je pense que ma “carrière” de traducteur s’est arrêtée à ce moment-là, ou plutôt : à cause de ces gens-là. Et peut-être que cela ne recouvre aucune réalité, mais quelle différence ? Ce qui compte, en l’occurrence, ce n’est pas un supposé réel indépendant de moi (en quoi un réel indépendant de mes sentiments pourrait-il avoir une quelconque importance quant à ce que je ressens ?), c’est la façon dont je perçois, conçois, reçois les choses. Ainsi, revenir ici, n’est-ce pas simplement revenir ici, c’est aussi conjurer. J’ai beau savoir que la ville en tant que telle n’y est pour rien, qu’elle ne fut qu’un théâtre de fortune (rien ne s’est joué ici, c’est simplement par hasard que l’information m’est parvenue ici, d’où ce que je viens d’évoquer finirait par découler, mais Florence est étrangère à cette sorte d’intrigue), il y a un mauvais sort. Est-ce de ce mauvais sort qu’est venu le malaise que j’ai ressenti en arrivant à Florence, tout à l’heure, en début d’après-midi, sans même parler des turbulences dans l’avion ? Bien qu’il n’y ait aucune preuve matérielle de ce que j’avance, puis-je le nier ?