« Enfin, la vie tourne au ralenti », ai-je écrit dans mon carnet de voyage. Des hauteurs du théâtre romain de Fiesole, la vue sur les collines toscanes était sublime, éblouissante de vert, de pierre, de bleu, des nuages qui semblaient aussi baroques (affresco) que numériques (digital), comme découpés sur le fond du ciel, le fond des nuages plus loin derrière dans le paysage optique, couronnaient ce quadrangle d’espace, ce petit recoin du monde, comme à l’abri. Un panneau indiquait le risque d’une chute d’êtres humains, et je ne sus pas très bien, à le regarder, un lézard passant entre mes pieds pour aller s’engouffrer dans l’anfractuosité d’une ruine, d’où ils eussent pu tomber, ces gens, de quelle terre plus haute que la nôtre, de quelle vérité supérieure, et pourquoi ils se fussent laisser choir de la sorte, ici-bas ? Dans le petit monastère de San Francesco, la cellule du moine saint Bernardin de Sienne (la vera cella précise à l’intention du visiteur incrédule une inscription au-dessus de la grille qui en interdit l’entrée) témoigne d’une vie austère, tout entière tournée vers l’écriture, un petit scriptorium tournant résolument le dos à une couche sévère, et l’on se doute bien que l’endroit, il y a quelque six cents ans de cela, devait être propice à la méditation. De ces hauteurs, la coupole de Santa Maria dei Fiori (que Bernardin ne vit pas durant son séjour, la construction ayant débuté trois ans après) semble émerger d’une sorte de néant informe, c’est une ogive qui s’apprête à exploser, une fusée qui s’apprête à décoller, le campanile est sa rampe de lancement. Les êtres humains ne tombent pas du ciel, ils y montent. Mais, une fois parvenus à ces sommets, qu’y font-ils ? Est-ce un lieu où se reposer ? Est-ce la halte ultime ? Ne serait-il pas navrant que, là-bas aussi, il y eût toujours quelque chose à faire ? Que le mouvement ne conduisît pas in fine au repos ? Qu’il en fût simplement le terme, la simple fin comme à quelque chose qui s’arrête enfin, et non pas le destin ? À la fin, en effet, qu’espérer de mieux qu’une cellule haut perchée où penser ses pensées et les coucher par écrit ?

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