Pèlerinage à Port-Royal. Boulevard du Montparnasse, aller à la Gare Montparnasse, prendre le train N, descendre à La Verrière, aller au Château de la Verrière, longer l’étang des Noés, traverser la forêt de Port-Royal, croiser l’Abbaye de Port-Royal des Champs, prendre le chemin Jean Racine, rejoindre Chevreuse par Saint-Lambert, poursuivre jusqu’à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, prendre le rer B, descendre à Port-Royal, remonter le boulevard du Montparnasse. Sentir mauvais (il faisait chaud, très, plus encore dans le train du retour que dans la forêt où la température m’aura semblé des plus agréables). En chemin, non loin de l’ancienne abbaye, je m’arrête pour prendre en photographie une cabane à structure de tipi. Il y en a plusieurs, mais une, particulier, impressionne par ses dimensions extérieures. À l’intérieur, en revanche, peu d’espace : moi qui ne suis pas grand, je dois me baisser pour passer la porte, et l’on doit s’y tenir plutôt accroupi que debout — on n’y tient donc pas, n’y reste pas), d’autant que la présence de branches verticales mises là pour supporter la structure réduisent en proportion inverse le volume disponible pour un corps éventuel. Problème de conception interne, mais pas externe : ce n’est pas la cabane en tant que cabane (sa fragilité éventuelle) qui pose problème, mais la construction de cette cabane-ci (son défaut pratique). Car, quant à la fragilité, les ruines qu’on découvre un peu plus loin ne laissent que peu de doutes en ce qui concerne la réalité de la solidité que nous prêtons au bâti : si les choses tiennent debout, ce n’est pas tant par leur nature même que par la volonté des êtres qui les habitent (ou qui habitent, en général). Il suffit d’une volonté contraire — une volonté de destruction — pour que plus une pierre ne tienne debout. Aussi, les murs qui entourent les ruines de Port-Royal semblent-ils tout à fait déplacés : que veut-on préserver puisque, précisément, il ne reste plus rien ? Et la clôture, dans ce décalage avec la fonction première de l’habitation du site, ne paraît-elle pas profondément contradictoire ? Il faudrait tout ouvrir pour faire voir qu’il ne reste pas une pierre debout et que, si l’on se rend encore ici en pèlerinage, comme je l’ai dit pour commencer, ce n’est pour la pierre, ce n’est pas pour quelque chose, c’est pour l’absence, le vide, le rien, la ruine. Laquelle ruine, et en quelque sorte le destin de Port-Royal aura accompli sa fonction première : le memento mori de la vanité, si elle est une absence, n’est pas un défaut, mais une forme de perfection en soi. N’est-ce pas paradoxal ? Peut-être que oui, peut-être que non. Entre une cabane qu’une intempérie emportera et une abbaye dont il ne restera que des ruines, il n’y a pas de différence de nature, la différence n’est pas entre une chose et une autre, mais entre des degrés d’absence des choses, des degrés de vie, de vitalité, d’intention, de dessein, d’envie, etc. La chose en tant que chose laisse présupposer un être — un quelque chose qui ne change pas —, ce qui précisément n’existe pas et ne se trouve surtout pas là. Mais où se trouve-t-il ? Eh bien, le destin de nos bâtisses nous le révèle : nulle part.

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