Cette nuit, j’ai rêvé qu’une grande mèche de cheveux blancs avait poussé en haut de l’hémisphère droit de mon front. Je me dévisageais dans le miroir et m’étonnais de cette grande mèche de cheveux blancs d’autant qu’elle était parfois visible et parfois non, comme si mes autres cheveux bruns parfois la cachaient et parfois ne la cachaient pas. Je me regardais dans le miroir et observais cet effet d’apparition et de disparition de la mèche blanche jusqu’à me rendre compte que cette mèche n’était pas blanche, mais blonde, d’un couleur proche d’un blond décoloré d’assez mauvais goût, qui tirait donc sur le blanc, et que cette grande mèche de cheveux n’avait pas la même texture que mes autres cheveux, mais semblait de cheveux d’une autre personne que moi. Et toujours, ce même phénomène d’apparition et de disparition jusqu’à ce que je ne voie plus cette mèche et que je me dise dans le rêve, c’est ce qu’il me semble à présent que non, en réalité, cette mèche n’existe pas, un peu comme si je l’avais rêvée dans le rêve, mais sans que ce rêve dans le rêve ne soit manifeste dans le rêve comme un rêve dans le rêve. Ensuite, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je me souviens simplement d’un autre rêve dans lequel les pièces qu’on me demandait pour la constitution d’un dossier de bourse étaient toujours plus nombreuses et intimes. Je venais de me connecter au site sur lequel j’avais déjà constitué mon dossier de demande de bourse et je remarquais qu’on me demandait des pièces qu’on ne m’avait pas demandées les fois précédentes, des pièces relatives à mes revenus, à ma situation familiale, mon état de santé, mes préférences sexuelles, etc., et que j’étais révolté par cela, mais moins par la nature des pièces demandées elles-mêmes (ce qui constituait pourtant une intrusion dans ma vie privée), que parce qu’elles représentaient un obstacle à la constitution de mon dossier. Dans le rêve, je me voyais et m’entendais pester contre cet excès de bureaucratie, trouvant que tout cela n’avait rien à voir avec la littérature et j’étais ennuyé à l’idée de devoir produire tous ces documents. Et puis, plus rien. C’est bien après le réveil, ce matin, que je me suis souvenu que j’avais rêvé durant la nuit. Et ces images, issues de mes rêves, moi face au miroir en train de regarder cette mèche de cheveux qui n’étaient pas à moi et moi face à l’écran de mon ordinateur en train de constater la multiplication et l’absurdité des pièces demandées pour la constitution de mon dossier de bourse, quoique banales, m’ont paru suffisamment fortes et révélatrices pour mériter d’être consignées par écrit. Elles traduisent évidemment mes angoisses, mais elles me rassurent aussi : ce sont des images de rêve, c’est-à-dire des images de vie. Ensuite, je suis allé me promener au cimetière. Dans l’allée tout de suite à main droite côté boulevard Quinet, il y avait de l’ombre et un air frais des plus agréables. Je me suis senti bien. Beaucoup moins quand je me suis retrouvé au milieu d’un groupe de chasseurs de Pokémons britanniques. Ma présence parmi ces individus m’a fait une impression étrange : on peut être à la fois juste à côté d’êtres humains et infiniment loin d’eux, la proximité n’est pas celle de la simple présence, il faut autre chose pour se sentir proche de quelqu’un. Ce sont des remarques assez triviales, mais j’avais un peu peur qu’on me confonde avec des chasseurs de Pokémons. Ensuite, après avoir fait le tour du cimetière, je me suis assis sur un banc et j’ai écrit quelques phrases destinées à mon premier petit chantier. Ce qui me fait penser que je dois remonter à la source de cette citation de Gilles Clément que j’évoque.

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