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2050, lis-je ici ou là, ces derniers jours, à propos de prévisions quant à l’avenir de notre planète soumise au réchauffement climatique. En réponse à quoi, calculant rapidement de tête, je me dis : dans vingt-cinq ans, mais c’est beaucoup trop long, j’espère que je serais mort d’ici là. Et puis, toujours calculant de tête, un peu plus approximativement, cette fois, peut-être, je me dis que, si ma mère ne s’était pas soignée après qu’elle fut tombée malade, elle nous aurait épargné à elle et à moi quelques années de souffrances inutiles. Sur quoi, continuant toujours mon arithmétique vitale, je songe que, soustrayant à la date de sa mort la durée de sa maladie, en m’alignant sur elle, si je m’épargnais de vains soins, il ne devrait plus me rester que quelques années à vivre, moins d’une dizaine, en tout cas. Ce qui, je ne puis m’empêcher de le penser, me semble bien assez. On parle communément d’« espérance de vie », mais ce que l’on entend par là, c’est tout à fait le contraire : c’est l’espérance de ne pas mourir avant telle date approximative, si tout se passe bien, compte tenu d’un certain nombre de paramètres. Mais, dans la vie ainsi conçue, d’espoir, en vérité, il n’y en a pas beaucoup. Et dans la mienne, non plus, me semble-t-il. L’idée que, durant les vingt-cinq prochaines années, ma vie continue telle qu’elle se déroule ces derniers temps (pas d’amis, pas de succès, probabilité quasi nulle d’en avoir, du succès et des amis, ennui — au sens quasi pascalien du terme, quand il écrit : « Jésus dans l’ennui » — que me cause Paris, et caetera) ne suscite rien en moi que plus d’ennui, qu’une immense lassitude a priori face à toutes ces années à vivre encore pour rien. Mais je ne précipiterai rien, je ne ferai rien, je laisserai faire, c’est mieux ainsi, il me semble. Et, toujours pensant à cela, je me suis demandé ce pour quoi je pouvais bien être fait, puisque je ne suis pas fait pour cette vie-ci, quelle est ma nature, en quelque sorte, et cette réponse, de façon instinctive, sans que j’y réfléchisse un instant, cette réponse m’est venue : je suis fait pour marcher dans les collines, plonger dans la mer, écrire des poèmes, et avoir des pensées philosophiques. C’est-à-dire : je suis fait pour une vie qui se situe à des années-lumière de la vie que je vis, à des années-lumières de la vie que la société valorise, à des années-lumière de la vie qui donc me permettrait de vivre vingt-cinq ans, au moins, encore. Tout ce qui peut venir, ce ne sera que prolongement, prolongation, et n’est-ce pas une perspective insupportable ? Tout ceci, n’est-ce pas effroyablement long ? Ce matin, quand je suis sorti courir, le jardin était fermé à cause des intempéries de la veille. Partout, dans les rues, il y avait des branches d’arbres par terre, que le vent avait arrachées à leur tronc. J’ai regardé ces membres de cadavres éparpillés et, en effet, c’était l’avant-garde de la fin de notre monde. Mais lente, si lente, trop lente.