Il se passe beaucoup trop de choses. Et, si l’on se donnait les moyens statistiques d’analyser la réalité telle qu’on nous la présente, on s’apercevrait que, chaque jour, non seulement il se passe quelque chose de plus, mais qu’il se passe plus de choses encore que la veille. Et ainsi de suite. Cette inflation événementielle, il n’est peut-être pas absurde de dire qu’elle est un effet et non une cause. Autrement dit, plus la réalité de la réalité nous échappe et plus, pour donner le change, nous fabriquons des événements. Événements qui ne sont pas irréels, non, de la même manière que, d’une certaine manière, il suffit de croire en un dieu pour que ce dieu existe, mais qui sont en grande partie fabriqués de toutes pièces et ne reposent sur rien, que l’air que nous brassons dans l’espoir de prouver, de nous prouver, que nous ne sommes pas des effets, que nous sommes des causes. Perdues, sans aucun doute. Pour le reste, c’est à voir. Car, si l’on aborde le phénomène à l’envers, on voit bien comment il faudrait s’y prendre pour mettre en œuvre une réelle politique de déflation événementielle : il faudrait commencer par concéder que la plus grande partie de nos actions sont inutiles et que, certes, pour peu que l’on soit roué, elles font du bruit, mais que ce dernier ne diffère pas réellement de quelque flatulence ontologique. Flatus culi, comme dirait tout nominaliste quelque peu sérieux. Partout où il faudrait faire moins, on fait plus. Comment s’étonner, dès lors, que nos actions échouent, que, nous imaginant vouloir le meilleur, ce soit toujours le pire que nous fassions ? En écho à la question que je me posais il y a quelques jours de cela (le 27625, pour être précis), laquelle, sous de fausses apparences anodines, met le doigt sur le problème. Nous sommes la civilisation du trop, de l’excès, de l’abus, et il n’est pas possible qu’une telle civilisation ne s’achève pas par un désastre aussi grand qu’elle. Tout réclame un changement de civilisation dont, manifestement, malheureusement, nous sommes incapables. Car, qui cultive le silence ? Dans dix jours, nous partons pour la Bretagne (Saint-Quay-Portrieux). J’ai hâte de quitter Paris.

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