Faut-il être moche et avoir l’air d’un demeuré pour être un écrivain français ? J’entends : un dont on parle. Possible. Je n’avais jamais fait attention. C’est sans doute l’idée que l’on se fait d’un écrivain, de son rôle dans la société. Moi, j’ai toujours trouvé cette idée étrange, avoir un rôle dans la société —, c’est-à-dire que moi, si j’étais écrivain, je n’en voudrais surtout pas, de rôle dans la société, je voudrais me tenir le plus loin possible des affaires qui occupent mes contemporains, parce que ce n’est pas très bon, ce qu’ils font, pas très bon, ce qui les intéresse, je voudrais les inciter à se tenir le plus loin possible de la société et à surtout ne vouloir jouer aucun rôle dans la société, à être parfaitement inutile, parfaitement inutilisable, parfaitement inexploitable. Non ? Pas toi ? Ah, bon. Il faisait affreusement chaud aujourd’hui dans Paris. Et je n’avais pas envie qu’il fasse chaud. Je n’ai plus envie qu’il fasse chaud. Ce n’est pas tant que je n’aime pas le concept de chaleur en soi, c’est que je n’aime pas les effets de la chaleur sur moi : je sens mauvais, je me sens moite, ce qui me déplaît. Hier, au réveil, un odeur odieuse avait envahi la cage d’escalier de l’immeuble. Est-ce que cela a quelque chose à voir avec la vaguelette de chaleur ? Après enquête, l’odeur pestilentielle semble venir des caves — auxquelles, pourtant, personne n’a accès dans l’immeuble. Je me suis dit : c’est comme si l’odeur de tous les corps décomposés remontait soudain de la terre, de ses entrailles, comme on dit, dans une personnification assez maladroite. Mais non, me suis-je rétorqué, si l’odeur de tous les corps décomposés remontait soudain à la surface de la terre, l’air serait irrespirable, et il ne suffirait pas, comme Nelly l’a fait non sans une certaine grâce dans l’exécution de son acrobatie, il ne suffirait pas d’ouvrir la fenêtre de la cage d’escalier qui est accessible pour que l’air redevienne quelque peu respirable et que, en tout cas, cette odeur répugnante ne se fasse pas sentir à l’intérieur de notre appartement. D’autant que, à cause de la vétusté de la chose, j’ai cassé la poignée de la fenêtre de notre chambre qui tourne donc désormais dans le vide en attendant que quelqu’un daigne me répondre pour venir la réparer. Ainsi va en effet la vie quand on n’a pas grand-chose à raconter.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.