J’ai froid. Cette nuit, encore, quand j’ai vu la neige tomber avant d’aller me coucher, le froid avait quelque chose d’exotique, à l’ère du réchauffement climatique, mais à présent qu’il pleut, tout simplement, rien de tel, non, plus, rien qu’un gris qui semble vouloir avaler tout le réel. Alors la tour, certes, quand je vois sa tête disparaître dans les nuages de brume, m’amuse de ces allures fantastiques, mais sinon, que dire de ce climat, et qu’en penser ? Atmosphère : disparition de la lumière, faut-il avouer, en vérité, mais non du bruit ni même des gens. Or, n’est-ce pas l’absence de ces disparitions dernières qui fait le temps mauvais ? Aujourd’hui encore, je me suis retenu de rire — de ricaner bêtement, plutôt, je le dis pour être tout à fait honnête, puisque c’est l’un des principes élémentaires de ce journal, être sincère, honnête, ne pas mentir, à défaut de dire la vérité (on ne la connaît pas toujours et, quand on le croit, il se peut qu’on se trompe, non par notre faute, mais par celle de la connaissance, à supposer certes que la vérité existe) —, et je ne sais pas si cette abstinence m’aura fait quelque bien, si je me suis rendu meilleur de ne me moquer pas du monde. Ne suis-je pas fatigué ? Et alors, quel est le rapport ? Je ne sais pas. Je ne sais même pas si j’en cherche un. Tout ce que je sais, c’est que j’ai froid. Je suis assis en tailleur sur le fauteuil beige, enveloppé d’une couverture, et je n’ai pas de force, non plus d’envie, j’attends. Tel mon ours patronymique, je voudrais hiberner. M’enfouir à défaut sous l’épaisse couette du répit, et passer là le temps qu’il faudra, indisponible, retiré du marché des êtres, pour en émerger, plus tard, je l’espère, régénéré. Mais n’est-ce pas utopique — le « lit de paix et d’oubli » comme lieu introuvable —, ne sommes-nous pas toujours requis ? Quand même on réduit la vie sociale à sa manifestation la plus étique, il y a toujours quelque chose, quelqu’un, et il faut être là. Pénible requête de notre humanité, qui pèse si fort de sa lourdeur ontologique sur notre existence, que cette dernière, on oublie même de l’appeler vie. Vit-on ? À dire le vrai, à peine. Et, en effet, dire le vrai, là voilà, notre peine : j’y peine, j’y suis condamné.

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