Lointaines idées qui semblent revenir. Mais d’où ? De quel oubli ? De quel abandon ? De quelle distance ? Et puis, ces jours-ci, de nouveau, la musique. Qui me paraissait inécoutée depuis je ne sais plus combien de temps : des mois, des années ? Qu’importe le temps, en vérité, c’est le sentiment de la durée qui compte. L’autre jour, à la fin des Concertos brandebourgeois, je me suis étonné : Déjà ? Et pourtant, les écoutant, je m’étais endormi. Et ce sommeil, alors qu’il ne dura sans doute guère plus qu’un assoupissement, m’avait paru s’étirer indéfiniment, jusqu’à la note finale qui me fit prendre conscience de ce qui venait réellement de s’écouler. Mais n’est-ce pas cela, la musique : un temps hors du temps, une extemporalité, un voyage dans les arcanes de la durée, un évanouissement ? Lointaines idées qui reviennent, et dans les termes mêmes, ou quasi, où elles furent formulées, mais inaccomplies, il y a un certain temps. Je venais d’aller courir. Il faisait moins froid que les jours précédents, à Paris, mais le ciel était toujours aussi gris, il avait plu, il pleuvait. Dans la partie nord-ouest du jardin, ainsi, je pataugeais gaiement dans la boue de l’automne, sous mes pieds la terre glissante se dérobait, et j’entendais les onomatopées de cette petite étendue de terre artificielle me parler. Cette langue, est-ce elle qui m’a rappelé les idées passées, jamais assouvies ? Peut-être. Quand je me suis arrêté de courir — j’étais revenu sur le boulevard —, le sommet de la tour se perdait dans les nuages de pluie, et j’ai écrit quelques phrases comme le début d’un poème dont l’écriture courrait sur toute une année, comme mes pieds sur la terre tantôt molle tantôt dure du jardin, peut-être, mais peut-être pas, non, comme ma vie. Ici, là, ailleurs, partout, où que ce soit que je respire. À Paris comme à Marseille comme à Rome. Lointaines idées mais très proches, toutefois, intimes, en effet.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.