Le boulevard est plus beau quand la nuit tombe, l’hiver. On y voit moins clair, c’est vrai, mais il y a aussi toutes ces lumières (artificielles) qui sembleraient des illuminations. Elles n’éclairent, ne font la lumière sur rien, toutefois, elles dissimulent, plutôt, la laideur qui serait évidente, sans elles, car même la grisaille est trop crue, il me semble, pour l’histoire qui est la nôtre, qui laisse tout apparaître, la saleté, la misère, l’indifférence, l’affairement, la promiscuité et la distance, tout, en même temps. Je ne crois pas, pour autant, que j’aie envie de changer les choses, mais plus simplement, peut-être, de ne plus les voir, c’est-à-dire non de me les masquer, mais qu’elles ne soient plus là, sous mes yeux, que mes yeux soient ailleurs, eux, alors, et qu’ils voient autre chose, d’autres choses qui ne se trouvent pas ici, mais là-bas, même si je ne sais pas où se trouve cet ailleurs, où se situe ce là-bas, pas ici, c’est vague, vaste, aux contours flous, je dois bien avoir quelque chose en tête, une précision à apporter, non ? Non. Alors, du boulevard, je regarde surtout les lumières, elles ne sont pas belles, elles détournent l’attention, éblouissent. Derrière les fenêtres aux immeubles, ce qui brille le plus, ce sont les écrans des télévisions. Clignotements permanents, parfois, on croit distinguer une scène intéressante, mais on se méprend. Incompréhensibles flambées de couleurs, voilà tout ce que je décèle. Des véhicules passent, incessant afflux, souvent un gyrophare tourne dans l’absence de noir, une sirène aggrave le désordre. Y a-t-il un ordre à tout cela, que des calculs savants nous permettraient de mettre au jour, jetant sur notre lopin d’univers le jour nécessaire pour sortir de toute nuit métaphorique ? Je prends le temps de regarder encore quelques instants, et me dis : il est raisonnable de ne croire en rien.

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