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Cette nuit, j’ai rêvé que Nelly allait me quitter. Nous étions dans la chambre où j’ai grandi, et elle m’annonçait qu’elle avait l’intention de partir. Elle était en train de se préparer pour aller à son cours de yoga, et je lui demandais si son professeur lui plaisait. Elle ne me répondait pas, mais je comprenais que oui. Enfin, elle partait. Pendant son absence, je faisais diverses choses dans cette chambre, je cherchais notamment dans les messages qu’elle m’avait envoyés sur mon téléphone portable des informations annonçant son départ prochain et d’autres choses qui intéressent les amant délaissés, peut-être aussi étais-je occupé à trouver quelque chose à lui dire qui la ferait changer d’avis, j’étais désespéré. Enfin, elle rentrait. À présent dans le salon du côté de l’entrée de l’appartement familial, je disais à Daphné (hors-champ dans le rêve) que maman avait l’intention de me quitter. Nelly ne disait mot, mais je voyais dans sa physionomie lubrique que cette perspective la réjouissait. J’éclatai en sanglots. C’est à ce moment-là que, dans une angoisse moite et froide, je me suis réveillé. Il était deux heures vingt-deux. Je ne sentais pas vraiment mon corps — j’avais la sensation qu’il était partiellement anesthésié, et cela a accentué mon angoisse —, j’ai tâché de me rendormir, mais n’y suis pas parvenu. À la place, je me suis raconté le rêve que je venais de faire, rapportant notamment cette histoire de yoga (Nelly ne fait pas de yoga) à une aventure assez comique qui nous était arrivée il y a bien des années de cela quand, invités à déjeuner avec mon père chez un membre de la famille, maison bourgeoise de la petite couronne, son épouse avait passé la plus grande partie du repas à discuter au téléphone des horaires de cours avec son professeur de yoga, professeur pour lequel, plus tard, elle a fini par quitter son mari, comme l’on pouvait s’y attendre, probablement. Que mon cerveau fasse tout ce travail pour me réveiller en pleine nuit m’a paru quelque peu révoltant, compte tenu notamment de la nullité du rêve qui m’avait tiré de mon sommeil. Comme je n’arrivais pas à le retrouver, mon sommeil, j’ai fini par me lever. J’avais cru entendre des cris, ou des voix parlant fort, qui venaient du boulevard, et j’ai tiré le rideau pour tenter d’en localiser les coupables causes, mais je n’ai rien vu. De l’autre côté de la rue, la télévision était allumée, un homme était debout en train de regarder quelque chose qui avait l’air d’un film d’action mal filmé, c’est du moins ce que j’ai cru pouvoir estimer depuis mon poste d’observation éloigné. Ensuite, je suis retourné me coucher et, plutôt que de reprendre mon auscultation à tâtons dans le noir, j’ai préféré écouter des rediffusions d’émissions de radio consacrées à Montaigne. J’ai dû finir par m’endormir puisque, ce matin, au moment du réveil, j’ai eu le plus grand mal à me réveiller. Nelly est venu se blottir contre moi et je me suis senti si bien que, durant un bref instant, je me suis rendormi. Sous la couette, des signes de rigidité m’apaisèrent alors, mais il était l’heure de se lever.