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S’enroulant sur lui-même comme la coquille d’un escargot, vers l’intérieur et vers l’extérieur, le récit d’Ursule Mirouët semble ne jamais vouloir progresser. On va de Nemours à Paris et retour mais, comme la diligence de Désiré Minoret-Levrault, on semble avancer à reculons, les quelques pas qui séparent la poste de l’église appelant d’immenses retours en arrière, les voyages se faisant aussi bien dans le pays que dans le temps, dans tous les sens et en même temps. La clarté française (« La France, écrit Balzac, grâce à son langage clair, est en quelque sorte la trompette du monde » — HB UM CH III 821) côtoie Mesmer, c’est-à-dire le rationnel, l’irrationnel sans la moindre solution de continuité, l’intrigue se nouant encore dans la distance, l’écart, la séparation, l’anticipation, le franchissement de l’infranchissable, d’étranges miracles. On ne comprend rien et on comprend tout. Tout semble prétexte à fantaisie, le noms se combinent, des sociétés se forment, l’impossible a lieu, car la vie écrit un livre plus grand encore que le grand-livre. Grande boucle dans Paris, ce matin, de chez moi à chez moi en passant par la Seine. Il fait un temps infect, doux et humide, je marche vite et transpire beaucoup sous mon imperméable. Ayant retardé l’expression d’une idée au moment où elle m’est venue — en réaction à —, elle a changé de forme et, de réactive qu’elle était, elle est devenue positive, une sorte de quatrain, entre le poème et l’aphorisme. Je marchais sur les berges de la Seine et la forme est venue d’elle-même — il me semblait que j’avais oublié jusqu’à l’idée même, ce qui donc n’était pas vraie —, dépassant de loin l’idée première, passablement épidermique et donc assez pauvre, en réalité. Sursaute de mon cauchemar, cette nuit : sur le téléphone de mon rêve, il est 1:17 du matin, et Daphné n’est pas encore rentrée à la maison. Une fois réveillé, je soupire de soulagement : ce n’est qu’un mauvais rêve et, si je ne sais pas l’heure qu’il est, cela importe peu, je me rendors. On se perd dans le temps, c’est pour cela qu’on dit qu’il est perdu.